Deux wagons d’un train ont déraillé en mai 2017 et il est impossible de savoir pourquoi.

Le droit de savoir

ÉDITORIAL / Le refus du transporteur ferroviaire Saint-Laurent & Atlantique de dévoiler la cause du déraillement de deux de ses wagons de marchandise, en mai 2017 au centre-ville de Sherbrooke, laisse perplexe et ne fera rien pour rassurer les citoyens et commerçants de ce secteur.

La Tribune, faut-il le rappeler, a déposé en juillet 2017 une demande d’accès à l’information auprès de Transport Canada, qui a reçu un rapport de la compagnie, pour connaître les causes de l’accident et savoir quels correctifs avaient été apportés.

En vain : 10 mois plus tard, le quotidien a obtenu un document de 114 pages avec des informations très techniques et de nombreux renseignements caviardés, mais sans obtenir de réponses à ses questions sous prétexte qu’une « tierce partie » est impliquée, au dire de la compagnie.

Pour tout commentaire, une porte-parole de Saint-Laurent & Atlantique a indiqué que la santé et la sécurité sont la priorité de la compagnie et que « nous faisons tout de façon sécuritaire ».

Un peu court comme explication.

On veut bien comprendre qu’une entreprise privée veuille retenir des informations sur ses activités pour des raisons de sécurité ou de concurrence.

Mais dans le cas qui nous occupe ici, il s’agit d’un transporteur ferroviaire qui circule en plein cœur du centre-ville, un secteur densément peuplé où on retrouve de nombreux commerces et organismes. On est donc en droit de s’attendre à un minimum de transparence ne serait-ce qu’au nom du bon voisinage ou d’une certaine responsabilité sociale.

Cet accident n’a évidemment rien à voir avec la catastrophe de Lac-Mégantic de juillet 2013, où le déraillement d’un convoi pétrolier avait fait 47 morts. Il n’y a eu aucun blessé et les dommages ont été limités aux wagons et à la voie ferrée.

Mais il soulève les mêmes interrogations au sujet de la sécurité ferroviaire, de l’entretien des voies ferrées et du matériel.

Le déraillement avait impliqué deux wagons contenant l’un du bois et l’autre des billes de plastique. Mais que ce serait-il passé si d’autres matières moins inoffensives avaient été en cause?

Les préoccupations exprimées par la conseillère municipale Chantale l’Espérance, au sujet du peu de transparence de la compagnie sont tout à fait justifiées. D’autant plus qu’elle note que les autorités municipales ne sont pas toujours bien informées du contenu des wagons, notamment sur la présence de matières dangereuses.

Le Service de protection contre les incendies de Sherbrooke a toutefois pris connaissance des conclusions du rapport mais n’est pas autorisé à les rendre publiques.

Le refus de Saint-Laurent & Atlantique survient quelques jours après qu’un comité d’examen mandaté par le gouvernement fédéral eut conclu que la Loi sur la sécurité ferroviaire n’a pas besoin de changements majeurs.

Selon les experts, de nouvelles exigences ont été apportées à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic, notamment en ce qui a trait à l’immobilisation des convois, le retrait des wagons-citernes DOT-11, une meilleure information aux municipalités et l’augmentation du nombre d’inspecteurs.

Le comité formule néanmoins une quinzaine de recommandations, notamment sur la transparence des entreprises…

Et si la sécurité ferroviaire s’améliore au pays, du moins si on se fie aux données du Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada, avec une baisse du nombre d’accidents signalés de 14 pour cent en 2016 et de 9 pour cent par rapport à la moyenne de 2011 à 2015, il est difficile de comprendre que Saint-Laurent & Atlantique fasse preuve d’une telle d’opacité.

Depuis la tragédie de Lac-Mégantic, les autorités et les compagnies de chemin de fer affirment que la sécurité est au cœur de leurs préoccupations. Fort bien.

Mais cela doit commencer par une meilleure transparence.