Le CISSSO a sans doute fait des pirouettes pour tirer son épingle du jeu et éviter de payer des heures supplémentaires, lundi.

Le drame des heures «sup»

ÉDITORIAL / Ce n’est pas parce que le réseau de la santé a réussi à passer une journée complète sans défrayer d’heures supplémentaires qu’il pourrait le faire plus longtemps.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a sans doute fait des pirouettes pour tirer son épingle du jeu et éviter de payer des heures supplémentaires, lundi. Le CISSSO vivait une journée de mobilisation provinciale de la Fédération interprofessionnelle de la santé et selon toute vraisemblance, s’en est tiré pas trop mal.

Ce n’était pas un lundi ordinaire, coutumier. C’était une journée de mobilisation à la suite d’une décision du Tribunal administratif du Québec, la semaine dernière. Le jugement reconnaissait l’utilité du temps supplémentaire obligatoire «dans des situations urgentes et exceptionnelles». C’est la manière imaginée par la FIQ pour protester contre cette décision.

Mais une journée ne fait pas un mois, ni ne fait une année.

Si le CISSSO a réussi à traverser cette journée sans trop de conséquences, il ne pourrait donc le faire plus longtemps sans en payer le prix. Les heures supplémentaires, les Centres intégrés de soins et de services sociaux s’y prêtent car ils n’ont pas le choix… Et puis la solution est devenue la norme. Au début, le recours aux heures «sup» n’était qu’occasionnel. Puis, la pratique s’est imposée, petit à petit. Ce qui n’était qu’une fois de temps en temps est devenu obligatoire. Elle est aujourd’hui devenue habituelle à travers tout le Québec. Hors du métier, on ne s’en formalise plus.

Les doubles quarts de travail, les infirmières n’avaient tout simplement pas le choix de dire oui ou non: ce devait être oui sinon le système craquait de toutes parts.

La situation a été particulièrement criante en Outaouais depuis 15 ans, avec la proximité des hôpitaux de l’Ontario comme gigantesques aimants. Ces heures supplémentaires obligatoires sont au coeur des problèmes de désaffection de la profession d’infirmière, qui expliquent les transferts vers d’autres pratiques moins taxantes, qui sont au coeur de l’abandon du métier pur et simple.

Les choses sont en train de changer. L’arrivée d’un gouvernement de la Coalition avenir Québec force à regarder de nouvelles solutions.

Enfin, pas si nouvelles que ça. Simplement dit, le gouvernement de François Legault recommence à pourvoir des postes d’infirmières. Pour la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, la problématique des heures supplémentaires est sa «priorité numéro un».

Il est difficile de comprendre pourquoi il existait tant de postes non comblés du temps des libéraux, du temps du ministre Gaétan Barrette. Était-ce de l’entêtement?

Une chose est sûre: le climat est en train de changer entre la Fédération interprofessionnelle de la santé et la ministre McCann. On n’est plus autant à couteaux tirés et on se parle. Voilà qui est très sain.

D’un côté, nous avons la ministre qui dit que «la décision (du Tribunal administratif du Québec) a été claire: «on utilise le temps supplémentaire obligatoire dans les circonstances où il y a une urgence». De l’autre, la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, qui soutient que «s’ils ont été capables de le faire une fois, ils sont capables de le faire tout le temps».

Nous verrons bien ce qu’il en découlera. Une chose est claire: il faut en sortir car le recours massif aux heures supplémentaires obligatoires n’est ni sain pour le personnel, ni sain pour les organisations qui les embauchent. Il ne faut pas attendre une fatale erreur de jugement avant de réagir. Et le gouvernement de la CAQ place les bons pions aux bons endroits.