Le chef conservateur, Andrew Scheer

Le difficile mandat d'Andrew Scheer

ÉDITORIAL / Depuis quelques mois, Justin Trudeau tire le diable par la queue. Depuis le début de la crise autour de l’ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould, en fait, depuis son voyage «coloré» en Inde, se multiplient les dossiers qui lui causent des problèmes. Notamment l’achat du pipeline TransMountain au coût de 4,5 milliards $. Le premier ministre ne doit donc pas se surprendre qu’il a glissé dans les sondages. Récemment, la firme Léger confirme que le Parti conservateur récolte 40 % des intentions de vote, contre 27 % pour le Parti libéral.

Évidemment, le chef conservateur Andrew Scheer a raison de jubiler. Ce résultat le mettrait très près d’une victoire électorale aux élections d’octobre prochain. 

Mais les données ne sont pas si limpides que ça lorsque l’on fouille un peu plus loin. 

Le sondage Léger révèle par exemple que si les conservateurs dominent dans les intentions de vote, leur chef est bien moins populaire. Il trône encore en première place, mais à 25 %. M. Trudeau est à 20 %. M. Scheer l’emporte facilement dans les Prairies, mais il a de la difficulté à s’illustrer en Ontario. C’est encore plus ardu au Québec où il se colletaille avec Yves-François Blanchet, le nouveau chef du Bloc québécois qui n’a même pas un siège à la Chambre des communes.

Andrew Scheer était au Québec en fin de semaine alors qu’il tenait une rencontre de l’aile québécoise du parti. S’il désire vraiment y effectuer une percée électorale, il doit se faire voir davantage dans la Belle Province. Mais en même temps, il ne doit pas trop en dire, car les Québécois ne sont pas friands de ses idées sur l’environnement et sur les pipelines. Il se bat pour faire accepter l’idée d’un oléoduc du genre d’Énergie Est, qui amènerait le pétrole des sables bitumineux de l’Alberta et de la Saskatchewan jusqu’au Nouveau-Brunswick, via le Québec. Il se butera avec la notion d’acceptabilité sociale des pipelines dont les Québécois ne veulent pas.

M. Scheer n’a pas encore de plan de lutte aux changements climatiques. Il en promet un d’ici juin. Il y a un schisme dans la population canadienne à ce sujet. Les électeurs de moins de 30 ans votent peut-être moins que leurs aînés, mais ils sont résolument en faveur d’un plan musclé de lutte aux gaz à effet de serre. C’est particulièrement vrai au Québec et en Ontario. À leurs yeux, tout parti doit avoir un plan solide. Les initiatives ciblées des conservateurs de Stephen Harper ont mené le Canada dans le camp des négationnistes. La situation a maintenant changé. S’il maintient ce cap, il sera du mauvais côté de l’histoire. Le plan que présentera M. Scheer devra aller plus loin que des belles paroles. Sinon, il en paiera le prix. 

Il ne pourra être sauvé par des initiatives comme le système d’impôt unique, qu’il a endossé récemment. 

«Dans des domaines partagés aussi importants que l’immigration, la main-d’oeuvre, le logement social et l’infrastructure, les libéraux tentent encore d’imposer leur volonté jusque dans les moindres détails, a regretté M. Scheer, en fin de semaine. Cette attitude bornée ne peut pas marcher dans la fédération canadienne ; surtout pas avec le Québec.» Encore doit-il tenir un discours logique sur ces questions. On sait le Parti conservateur moins centralisateur que le Parti libéral, et c’est devenu évident depuis trois ans de régime Trudeau. Mais Andrew Scheer doit proposer des solutions novatrices sur ces thèmes. Nous ne l’avons pas encore entendu. Il doit par surcroît se faire connaître, lui qui est moins populaire que son parti. Le défi sera difficile, mais pas insurmontable.