Le débat sans fin

ÉDITORIAL / Il sera difficile d’élargir l’aide médicale à mourir à un plus grand nombre de types de malades tant que les soins palliatifs, les services et soins aux personnes atteintes de troubles mentaux ou de maladies dégénératives ne seront pas mieux assurés, et tant que l’accès à l’aide médicale à mourir souffrira de disparité régionale.

Ottawa a reçu cette semaine un volumineux rapport du Conseil des académies canadiennes sur trois sujets épineux et complexes.

Le gouvernement Trudeau avait demandé au Conseil de l’éclairer sur l’état des connaissances sur l’aide médicale à mourir pour les mineurs matures, pour les personnes dont le seul problème médical invoqué est un trouble mental et les demandes anticipées de citoyens qui formulent leur requête pendant qu’ils en ont encore la capacité.

Le Conseil a regroupé à cette fin plus de 40 experts canadiens et étrangers. Leurs travaux ont duré 18 mois. «Toutes nos évaluations sont uniques en leur genre, mais lorsque la ministre de la Santé et la ministre de la Justice nous ont transmis leurs questions à propos de l’aide médicale à mourir (AMM), nous avons su que nous étions sur le point d’exécuter l’un de nos mandats les plus délicats», écrit le président.

Si les sujets abordés sont délicats pour des experts, imaginez pour des politiciens qui ont rendez-vous avec l’électorat l’automne prochain.

Il serait fort étonnant que les candidats s’avancent sur ce terrain et proposent d’élargir l’accès à l’AMM. Il manque de données probantes. Les experts ne s’entendent pas sur les interprétations à donner à celles qui existent. Tout comme dans la population, leurs avis divergent. Il n’y a pas de consensus à portée de main.

Des Canadiens déploreront que le dossier évolue si lentement. Le débat public dure depuis plus de 50 ans et malgré l’arrêt Carter rendu en 2015 par la Cour suprême, certains trouvent que les parlementaires tardent à répondre à la volonté de malades qui ne sont pas en fin de vie mais qui réclament néanmoins qu’un médecin l’écourte pour mettre fin à leurs souffrances.

Il est cependant nécessaire, avant d’aller plus loin, de mieux roder et de modifier au besoin l’application de C-14 et de la Loi québécoise concernant les soins de fin de vie.

Il est essentiel de démontrer à la population que l’aide médicale à mourir est «le choix» éclairé et personnel du patient et jamais un pis-aller faute de soins et de services suffisants et adaptés. Il est également essentiel de s’assurer que les malades qui réclament l’aide médicale à mourir et qui répondent aux critères pour l’obtenir la reçoivent.

Actuellement, il existe au Québec des disparités régionales dans les soins palliatifs offerts, mais aussi dans l’accès à l’aide médicale à mourir.

«Est-ce que les soins palliatifs sont en fin de vie», a demandé cette semaine le chef du service des soins palliatifs du CHU de Québec, le Dr Louis Roy, qui a livré son message au Parlement. La découverture de soins qui frappe Québec guetterait toutes les régions.

L’accès à l’aide médicale à mourir apparaît aussi à géométrie variable. Le dernier rapport de la Commission sur les soins de fin de vie révèle des disparités.

Les demandes d’aide médicale sont en hausse, mais le nombre de médecins prêts à intervenir demeure restreint non seulement pour des raisons morales ou religieuses, mais bien parce que la charge administrative, professionnelle et émotive est très lourde.

Des ajouts aux soins de santé et de fin de vie, des suppléments de formation et d’informations sont nécessaires avant d’élargir l’accès à l’aide médicale à mourir. Il faut éviter de susciter la méfiance chez certains citoyens, et de créer de faux espoirs chez d’autres.

Il y a des conditions à réunir avant d’élargir l’accès à l’aide médicale à mourir