Le côté sombre d’Olymel

Créé à l’initiative d’une grande coopérative du monde agricole pour offrir des débouchés aux producteurs de bétail, Olymel fait partie de ce que plusieurs nomment les fleurons québécois. Au fil des ans, l’entreprise a su se positionner sur le marché et se développer pour devenir un géant canadien du monde de la viande et des charcuteries. De facto, elle occupe aujourd’hui une position de quasi-monopole dans le marché du porc et de la volaille au Québec, faisant ainsi le bonheur de la Coop fédérée, son propriétaire.

Il y a cependant un côté sombre à cette situation, celui du mépris de ses travailleuses et travailleurs. Les 350 salarié-es de l’usine de porc d’Olymel à Princeville, qui sont en grève depuis le 28 octobre dernier, en savent quelque chose.

D’importants reculs

En 2004, Olymel décide de réduire de façon draconienne les salaires qu’elle verse à ses employé-es. Les salarié-es de Princeville doivent accepter d’importants reculs, après une fermeture sauvage de 18 mois. Le couteau sur la gorge, ceux-ci consentent à une baisse salariale de 5,40 $ l’heure, sans quoi l’usine restera fermée. Usant du même chantage, Olymel répète l’opération à Vallée-Jonction, puis à Saint-Simon. Les salarié-es qui osent lui tenir tête ne sont pas épargnés, le lockout de plus de dix ans à l’usine Olympia de Saint-Simon a servi d’exemple à cet effet.

Les centaines de millions de dollars épargnés sur le dos de ses salarié-es ont permis à Olymel de prendre le contrôle du marché du porc au Québec. Ainsi, Olymel gère un réseau intégré de maternités, d’élevage, d’abattage, de découpe et de transformation. Grâce à ce réseau, elle contrôle le marché de tout ce qui entre et qui sort de ses abattoirs.

En 2018, la Coop fédérée a enregistré des revenus records de 6,5 milliards de dollars qui, au bout du compte, se sont traduits par un excédent avant ristournes et impôts de 210,7 millions de dollars. À hauteur de 3,44 milliards de dollars, les ventes d’Olymel contribuent à plus de la moitié du chiffre d’affaires de la coopérative.

Un juste retour

Les salarié-es d’Olymel à Princeville ont donc décidé que, 15 ans après la perte de près de 25 % de leurs revenus, ils avaient droit à un retour d’ascenseur. Toutes ces travailleuses et tous ces travailleurs ont rendu possible la croissance de l’entreprise. Ils se lèvent chaque matin pour exercer dans le froid l’un des emplois les plus difficiles, dangereux et éprouvants, et permettent à leur employeur de conquérir davantage le marché international. Ces personnes méritent que leurs sacrifices soient enfin reconnus par leur employeur.

David Bergeron-Cyr
Président
Fédération du commerce (FC–CSN)