Le combat des régions

ÉDITORIAL / Ce n’est pas d’hier que les petites communautés doivent se battre pour conserver leurs services de base, écoles, bureaux de poste, épiceries et, depuis quelques années, les guichets automatiques et points de services Desjardins en raison de la popularité grandissante des transactions en ligne.

Le nombre de points de services et de guichets de cette institution financière basée à Lévis a diminué de près de 20 pour cent entre 2012 et 2017 dans la province.

Et cela risque de continuer puisque le Mouvement Desjardins entend mettre fin au service de guichets automatiques en 2028. Il est donc impératif de trouver des solutions de rechange.

En Estrie, tant les banques que le Mouvement Desjardins ont fermé des succursales et des guichets automatiques au cours des dernières années, notamment à Saint-Camille, Potton et Sainte-Catherine-de-Hatley, indique Jacques Demers, président de la Fédération des municipalités du Québec (FQM), qui est très au fait du dossier.

Il est vrai que Desjardins a toujours été et est toujours l’institution financière la plus présente dans les régions puisque 30 pour cent de ses points de services sont situés dans des communautés de moins de 2000 habitants.

La fermeture d’un point de services ou d’un guichet automatique dans un village est souvent perçue comme une perte majeure, voire une trahison.

Aux yeux de la population et des élus, le Mouvement Desjardins s’est largement bâti grâce aux petits épargnants et aux régions, où il était bien souvent en position de monopole.

Même s’il est vrai que de plus en plus de transactions se font en ligne, les Québécois utilisent encore de l’argent en papier et les guichets automatiques.

En outre, on ne peut obliger les citoyens et les petits commerçants à parcourir parfois plusieurs dizaines de kilomètres simplement pour aller payer une facture ou retirer de l’argent.

L’absence de guichet automatique dans une zone touristique peut aussi causer des préjudices tant aux visiteurs qu’aux commerçants locaux.

Desjardins fait valoir que la concurrence et le fait que près de 50 pour cent des transactions se font maintenant en ligne l’obligent à revoir ses façons de faire. Fort bien.

Toutefois, puisqu’il s’agit d’une institution financière coopérative, les services aux membres ne devraient-ils pas être aussi importants que les impératifs financiers?

Après tout, Desjardins, le plus important groupe financier coopératif au Canada, a enregistré des excédents de 2,1 milliards $ en 2017.

Des solutions doivent être imaginées.

Heureusement, le monde municipal et les citoyens ont encore quelques années pour agir, même si les pétitions et les pressions des élus n’ont guère donné de résultats jusqu’ici.

D’ailleurs, cela commence à se faire : dans certaines communautés un service de transport collectif payé par Desjardins est offert aux membres pour leur permettre d’effectuer leurs transactions dans un village ou une ville voisine.

Mieux vaut parfois faire contre mauvaise fortune bon cœur…

La FQM et Desjardins viennent également d’annoncer un projet-pilote financé par l’institution financière en vue de mettre en place pour un an des guichets dans cinq municipalités de la province, qui seront exploités par une entreprise privée.

Toutefois, on ne pourra y faire que des retraits. De plus, cinq municipalités ce n’est pas beaucoup et on peut imaginer que plusieurs communautés vont lever la main.

Mais c’est un départ.

Desjardins n’est pas la seule institution financière à délaisser les petites communautés, bien sûr.

Mais, en tant que mouvement coopératif et partenaire de longue date dans le développement économique des régions, Desjardins a la responsabilité de trouver des solutions en vue de maintenir l’accessibilité aux services financiers pour ses membres.