Steve Lussier

Le citoyen paie les pots cassés

ÉDITORIAL / L’augmentation du compte de taxes en 2020 à Sherbrooke est dure à avaler malgré toutes les explications qui sont fournies pour justifier le bond de 5,74 pour cent, pour une résidence unifamiliale moyenne.

Le citoyen paie les pots cassés pour des années de laxisme dans la gestion et les opérations de la Régie intermunicipale du centre de valorisation des matières résiduelles Valoris. Les efforts de redressement de Valoris nécessitent une ponction additionnelle de 4,5 millions dans les coffres de la Ville ou de 2,26 pour cent de la hausse de taxes en 2020. Les autres activités et tarifs représentent une augmentation de 3,48 pour cent.

Le citoyen a maintenant l’heure juste sur le prix à payer pour les erreurs commises pendant près d’une décennie à Valoris. Tout va mal depuis des années chez Valoris, pouvait-on lire dans le rapport annuel 2018 de la vérificatrice générale de la Ville de Sherbrooke, Mme Andrée Cossette, qu’elle a présenté publiquement l’été dernier. Elle est remontée jusqu’à la création de l’organisation par la Ville de Sherbrooke et la MRC du Haut-Saint-François en 2010. « Une vision à court terme et un manque de rigueur ont malheureusement caractérisé la gestion de Valoris pendant toutes ces années (soit la période de 2010 à 2017) », écrivait la vérificatrice. Ce dossier « troublant » est l’un des plus importants cas qu’elle a analysés au fil de sa carrière. On comprend encore mieux pourquoi avec les impacts sur les finances municipales.

Le maire Steve Lussier a répété lundi que toutes les mesures ont été prises pour redresser la barre et que Valoris demeure un site unique pour la gestion des déchets. On veut bien le croire, mais les choses doivent s’améliorer rapidement. Les prochains mois seront déterminants. Valoris ne peut plus faire dérailler les finances de la Ville de Sherbrooke et des autres municipalités membres de la régie. M. Lussier espère aussi que le gouvernement québécois reconnaîtra les efforts de Valoris et soutiendra financièrement la valorisation des déchets préconisée. Il faudra suivre de très près ce dossier.

L’autre problème des élus sherbrookois est la difficulté récurrente à contenir la croissance des dépenses. Nous l’avons déjà écrit par le passé. Les dépenses de la Ville de Sherbrooke augmentent trop rapidement et s’éloignent beaucoup de la hausse de l’indice des prix à la consommation. Hier soir, le manque de contrôle des dépenses a été soulevé parmi les quatre élus qui ont voté contre l’adoption du budget 2020.

En 2020, les dépenses de la Ville bondissent de 6,88 pour cent, passant de près de 315 à plus de 336 millions de dollars. Pour équilibrer le budget de l’an prochain, les élus ont besoin d’une somme additionnelle de 21,7 millions de dollars, dont 14,7 millions proviennent directement des poches des contribuables. C’est énorme.

Tout comme en 2019, la rémunération des employés fait aussi un saut de plus de 5 pour cent l’an prochain. D’ailleurs, la Chambre de commerce de Sherbrooke se questionne plus largement sur la masse salariale de la Ville.

Heureusement, les élus ont pris conscience de la situation budgétaire et créé un groupe de travail « sur la performance organisationnelle ». Cela s’impose. Sans avoir des cibles financières précises, le comité portera une attention particulière sur la gestion financière.

Étant donné toutes les obligations et les projets à réaliser, M. Lussier juge le budget « responsable » et « tourné vers l’avenir ». « À la suite de nombreuses séances de travail, les membres du conseil municipal ont convenu de faire des choix qui permettent de conserver nos niveaux de services et notre qualité de vie », a souligné le maire.

Enfin, il y a une autre grande consolation pour les Sherbrookois. En dépit de la forte augmentation du compte de taxes, la charge fiscale par logement à Sherbrooke demeure la plus basse parmi les grandes villes du Québec. Il est important de le mentionner.