La grève du Canadien National, qui amorce sa quatrième journée vendredi, a des conséquences extrêmement fâcheuses pour les Canadiens.

Le Canada heurté par ses cheminots

ÉDITORIAL / La grève du Canadien National, qui amorce sa quatrième journée vendredi, a des conséquences extrêmement fâcheuses pour les Canadiens. Il importe d’en venir à une entente négociée dans les plus brefs délais, car chaque journée compte.

Les conséquences de ce bris de service commencent à se faire sentir, mais que partiellement. Et nous ne parlons pas des manques de propane pour les barbecues des gens des villes ! Dans les médias, on a amplement parlé des impacts de la pénurie de gaz propane sur les fermes du Québec, surtout. Le séchage des grains est interrompu par manque de carburant, et les producteurs agricoles n’ont que quelques jours de pause avant que les grains, humides, ne se mettent à se dégrader. Les récoltes dans les champs ont été stoppées. Les agriculteurs ne peuvent préparer leurs sols pour l’année prochaine.

Ces conséquences, très graves, ne sont pas les plus importantes. Car dans les régions où le gaz naturel ne se rend pas, et nous parlons ici de l’essentiel des régions agricoles, les premières urgences vont à desservir les hommes, en priorité, et leurs bêtes. Les maisons, les hôpitaux, les garderies et les centres de personnes âgées passent en premier, suivis des poulaillers, des porcheries, par exemple.

Mais le Canadien National transporte bien plus que du propane. Il s’agit du premier transporteur par rail au pays et sa présence est essentielle pour les secteurs minier et forestier par exemple. Le transport de marchandises diverses génère pas moins de 14 milliards $ pour le Canadien National.

Il faut par ailleurs s’interroger sur l’absence de mesures d’urgence pour éviter une telle situation de pénurie. Il semble incongru qu’un arrêt de travail de quelques jours pousse tout le secteur agricole à pousser des hauts cris et à réclamer l’usage des moyens d’urgence.

Depuis mardi, les 3200 cheminots du Canadien National ont déclenché la grève. Ils sont sans contrat de travail depuis le 23 juillet. Les Teamsters, qui les représentent, déplorent les longues heures de travail, des enjeux entourant la fatigue et ce que les travailleurs estiment être des conditions de travail dangereuses. Ce sont des questions du genre qui ont mené à la tragédie du Lac-Mégantic, et il faut faire attention de forcer une loi spéciale qui entérinerait les mêmes mesures qui ont provoqué le décès de 47 personnes dans cette municipalité.

Les discussions se poursuivent, mais aucun écho n’a transpiré.

Ce conflit de travail survient à un bien mauvais moment, alors que le gouvernement fédéral vient à peine d’être formé, mercredi. Dès la nomination du cabinet, le ministre des Transports, Marc Garneau, rencontrait les deux parties et les exhortait à trouver une entente négociée.

Car nous ne sommes pas à l’époque du gouvernement conservateur qui, dès le déclenchement d’une grève sur un secteur névralgique de l’économie, y allait d’une loi spéciale pour forcer le retour au boulot. Les libéraux, plus respectueux des relations de travail, veulent donner une chance aux négociations. C’est une bonne stratégie, mais elle a ses limites. Le litige devra être dénoué d’ici dimanche, car il faudra un autre trois ou quatre jours de plus pour ravitailler les établissements en propane, un dérivé (plus propre !) du pétrole de l’Ouest canadien.

Le propane est vital à notre économie. À défaut d’imposer des mesures d’urgence, le fédéral doit exhorter les deux parties à trouver une solution négociée. Ou à en imposer une, s’il le faut.