Mardi, Washington a annoncé l’octroi de 12 milliards $ d’aide étatique aux fermiers des États-Unis.

Le bordel

Il était écrit dans le ciel qu’en donnant de grands coups de pied dans les accords de libre-échange et le système de commerce international, le président Donald Trump allait faire des perdants partout, y compris dans sa propre cour. Personne ne sait maintenant quand on sortira de ce triste bordel.

Mardi, Washington a annoncé l’octroi de 12 milliards $ d’aide étatique aux fermiers des États-Unis. Il s’agissait d’une réaction aux tarifs douaniers imposés aux produits américains par la Chine, le Canada, le Mexique et l’Union européenne au cours des dernières semaines. Et ces tarifs étaient eux-mêmes une réponse aux tarifs imposés à ces pays par l’administration Trump sur l’acier et l’aluminium, en mars.

En un sens, c’est presque un bon signe: cela indique qu’au bout de 30 années d’efforts de décloisonnement du commerce international, nos économies sont devenues à ce point imbriquées les unes aux autres qu’une puissance ne peut plus tenter de forcer la main à ses partenaires sans se faire sérieusement mal à elle-même.

Mais en 2016, les Américains ont élu un leader suffisamment borné et mal avisé pour lancer la planète dans cette voie. L’obsession de M. Trump pour la balance commerciale — encore mercredi, il a tweeté que son pays avait «perdu» 817 milliards $ l’an dernier — marque une bien drôle de conception des échanges internationaux. Bien que les déficits commerciaux puissent avoir des inconvénients, il est loin d’être évident qu’ils sont intrinsèquement mauvais puisque pour chaque transaction des États-Unis avec l’étranger, il y a de part et d’autre des entreprises qui y trouvent leur compte. Autrement, l’échange ne se ferait pas.

Certes, il arrive à l’occasion qu’un pays tente de «tricher» d’une manière ou d’une autre afin de gonfler artificiellement ses exportations et de favoriser ses entreprises. La Chine, par exemple, est souvent accusée de vol de propriété intellectuelle, de manipuler sa devise et de subventionner ses compagnies de manière déguisée, surtout ses sociétés d’État. Et les accusations ne viennent pas que des États-Unis ou de parties intéressées.

Mais l’imposition unilatérale de tarifs douaniers n’est purement et simplement pas la bonne manière de combattre les pratiques déloyales. Typiquement, ce genre de guerre commerciale finit en un festival des représailles, où un pays décrète des sanctions contre un second à cause d’une injustice (perçue ou réelle), le second réplique en tarifant d’autres produits, ce à quoi le premier réagit en «beurrant» ensuite une nouvelle couche de droits de douane et/ou en allongeant des deniers publics pour «compenser» ses industries «victimes» de tarifs injustes, et ainsi de suite. C’est précisément pour cette raison qu’on a doté l’Organisation mondiale du commerce de mécanismes de règlement des disputes lors de sa création, en 1995, et la même chose vaut pour tous les traités de libre-échange. Pas plus tard qu’en juin dernier, d’ailleurs, l’Union européenne a entamé des démarches à l’OMC au sujet des pratiques chinoises sur la propriété intellectuelle.

L’Oncle Sam n’a pourtant jamais été désavantagé à l’OMC. D’après une compilation récente du Cato Institute, les États-Unis ont gagné 91 % des causes qu’ils ont amenées devant l’OMC et ont perdu 89 % de celles où ils étaient poursuivis (les pays membres ne se rendent jusqu’à l’arbitrage que lorsqu’ils sont pratiquement certains de gagner, d’où les pourcentages élevés).

Il reste deux ans, possiblement six, à M. Trump pour s’en rappeler. Et pour le reste du monde, il reste deux ans, possiblement six, à espérer que son successeur verra plus clair.