Denis Dufresne

Le bien public

ÉDITORIAL / La nouvelle bataille dans laquelle s’engage la Coalition SOS Parc Orford contre le droit d’entrée à la montagne que veut imposer la Corporation Ski & Golf Mont-Orford soulève à nouveau l’enjeu de l’accès des citoyens aux terres publiques.

Une situation qui nécessite une solution rapide et transparente.

SOS Parc Orford s’était fait connaître à la fin des années 2000 pour avoir fait reculer le gouvernement Charest dans son projet de privatisation partielle du mont Orford.

En conférence de presse jeudi, Claude Dallaire, l’un de ses fondateurs, a promis un mouvement semblable si la Corporation Ski & Golf Mont-Orford reste sur ses positions et n’accepte pas la création d’un groupe de travail pour trouver une autre issue.

Ski & Golf Mont-Orford a annoncé la semaine dernière l’imposition à compter du 20 juin d’un droit d’accès quotidien de 8 $ par adulte, sauf pour les résidents de la MRC de Memphrémagog, en vue de couvrir les coûts d’entretien des sentiers et des stationnements de 300 000 $ par année. 

SOS Parc Orford lui reproche avec raison d’avoir agi sans consultation préalable de la population et sans rechercher d’autres sources de revenu.

L’enjeu est très sensible au sein de la population puisqu’une pétition initiée dimanche dernier par le Magogois Patrick Lagrandeur avait récolté plus de 10 000 signatures quatre jours plus tard.

Beaucoup de randonneurs se disent à la fois choqués et insultés à l’idée de devoir payer un droit d’accès pour une montagne qui fait partie du réseau de la SÉPAQ (Société des établissements de plein-air du Québec) et pour lequel on exige déjà un tarif quotidien de 8,90 $, mais qui est sous l’administration de la Corporation Ski & Golf Mont-Orford.

Son président, Jacques Demers, rappelle que son organisation est sous bail avec le gouvernement du Québec, et non la SÉPAQ, et ne reçoit aucun soutien financier pour l’entretien et le fonctionnement, ni redevances de la SÉPAQ. 

Il se dit prêt à participer à un groupe de travail avec des représentants de la coalition.

Jusqu’ici, toutefois, on ne peut pas dire que la corporation a fait preuve d’une grande transparence en décrétant l’imposition d’un droit d’entrée pour la montage sans consulter les citoyens et les organismes comme les Sentiers de l’Estrie.

De plus, on semble avoir opté pour une solution facile en voulant refiler la facture aux utilisateurs de ces sentiers qui sont situés sur des terres publiques.

Comme si les citoyens-contribuables, déjà affectés par les impacts économiques de la pandémie de COVID-19, avaient les poches pleines.

Du point de vue touristique, la région n’a rien à gagner d’un conflit sur les droits d’accès aux sentiers du mont Orford.

Ski & Golf Mont-Orford doit avoir une discussion franche avec la Coalition SOS Parc Orford, quitte à dévoiler ses chiffres, qu’il s’agisse de ses revenus, de son bail avec Québec ou de son manque à gagner. 

Heureusement, les choses commencent à se clarifier.

Mercredi dernier, le cabinet du ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a précisé que la Corporation Ski & Golf Mont-Orford peut imposer un droit d’accès à la montagne, mais pas aux détenteurs d’une carte de la SÉPAQ.

Jacques Demers affirme maintenant que la corporation ne veut pas faire payer en double les randonneurs, mais souhaite obtenir des redevances de la part de la SÉPAQ pour lui assurer des revenus.

C’est toujours ça de pris!

Mais, pour l’heure, cela ne règle pas le problème du manque à gagner à la Corporation Ski & Golf Mont-Orford.

En décrétant unilatéralement un droit d’accès pour la montagne, la corporation a été malhabile ou a peut-être vu là une façon de sonner l’alarme.

Qu’importe! Une solution négociée s’impose.