Denis Dufresne
La Tribune
Denis Dufresne
Le récent rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) confirme le bien-fondé du projet de valorisation des résidus d’amiante d’Alliance Magnésium, à Asbestos, mais aussi l’importance du développement durable et de l’économie circulaire.
Le récent rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) confirme le bien-fondé du projet de valorisation des résidus d’amiante d’Alliance Magnésium, à Asbestos, mais aussi l’importance du développement durable et de l’économie circulaire.

L’avenir

ÉDITORIAL / Le récent rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) confirme le bien-fondé du projet de valorisation des résidus d’amiante d’Alliance Magnésium, à Asbestos, mais aussi l’importance du développement durable et de l’économie circulaire.

En tirant du magnésium des énormes amoncellements de résidus d’amiante chrysotile, résultat de plus de 125 ans d’exploitation minière, Asbestos produira un matériau du 21e siècle à partir de ce qui était considéré comme un rebut du passé.

Ce projet comporte toutefois de nombreux défis, notamment la santé et la sécurité des futurs travailleurs qui devront manipuler les résidus miniers.

L’usine de démonstration commerciale de 145 millions $, dont les travaux ont été lancés en juin, sera en activité à compter de 2021 et produira jusqu’à 10 000 tonnes métriques de magnésium par année à partir des montagnes de résidus d’amiante chrysotile qui bordent la ville d’Asbestos.

Le magnésium, un métal résistant et plus léger que l’aluminium, est en demande croissante dans le monde particulièrement dans l’industrie automobile et l’aérospatiale.

Aux yeux du maire d’Asbestos et président de Développement économique des Sources, Hugues Grimard, ce produit constitue aussi un élément clé dans l’électrification des transports au Québec et pourra ainsi contribuer à la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

Et avec des réserves de 400 millions de tonnes de résidus miniers, la valorisation représente un intérêt économique majeur dans cette région.

La future usine d’Alliance Magnésium est l’un des projets pour faire d’Asbestos « la technopole du magnésium au Canada », fait valoir le maire Grimard.

Pour la communauté asbestrienne, c’est aussi le résultat d’années d’efforts pour le redéploiement économique d’une région qui a subi plusieurs coups durs depuis les années 80.

La région d’Asbestos a dû amorcer une diversification économique il y a une dizaine d’années avec la fermeture définitive de Mine Jeffrey, en 2012, après le retrait d’un prêt de 58 millions $ par le gouvernement du Québec en vue de financer un plan de relance et de créer 500 emplois.

Précédemment, en 2003, l’échec du projet d’usine de magnésium Magnola avait anéanti plusieurs espoirs.

L’entreprise, qui avait investi 1,2 milliard $ dans ce projet, avait cessé sa production après seulement deux ans d’activité en raison de la concurrence de la Chine sur les marchés mondiaux, laissant 400 travailleurs sans emploi.

Heureusement, le vent a tourné depuis quelques années dans cette région au long passé industriel qui, avec Thetford Mines, a été le théâtre de la fameuse grève de l’amiante de 1949.

Asbestos a même connu un boom économique avec des investissements importants et l’arrivée de plusieurs nouvelles entreprises, notamment en transformation métallique, transformation agroalimentaire et technologies environnementales.

Il faudra voir comment Alliance Magnésium parviendra à s’imposer sur les marchés et comment s’articulera le plan d’électrification des transports du gouvernement du Québec, qui entend toujours réduire les émissions de GES de la province de 37,5 % d’ici 2030, sous le seuil de 1990.

Un autre défi s’impose également pour cette entreprise : la santé et la sécurité des travailleurs et de la population.

Dans son rapport, le BAPE dit vouloir s’assurer que les travaux d’excavation et de manutention des haldes n’entraîneront aucun risque supplémentaire pour les travailleurs et la population.

L’organisme suggère également la création d’une entité administrative pour la gestion et l’élimination de l’amiante au Québec.

Alliance Magnésium affirme qu’elle ne fera aucun compromis sur la santé, la sécurité et l’environnement.

Il ne faut prendre aucun risque.

Car des travailleurs décèdent encore après avoir été exposés à l’amiante durant leur carrière.

Selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec, entre 2005 et 2015 l’ensemble des décès par maladies reliées à l’exposition à l’amiante représente 85 % de la totalité des décès dus à des maladies professionnelles.