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Les besoins du chien sont devenus plus essentiels que ceux de l’humain qui voudrait bien décompresser un peu à l’air frisquet de janvier ou février sous zéro.
Les besoins du chien sont devenus plus essentiels que ceux de l’humain qui voudrait bien décompresser un peu à l’air frisquet de janvier ou février sous zéro.

L’année du chien

Huguette Poitras
Huguette Poitras
Écrivaine, Québec
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POINT DE VUE / Pour une fois qu’on parle du meilleur ami de l’homme autrement qu’en termes de malheur, «vie de chien», «temps de chien», «chien sale», «chienne de vie», «chiennerie» et autres délices, ça doit bien être l’année du chien. Le chien est devenu le passeport pour se promener après que le bonhomme 8h soit passé. Seul le chien peut nous emmener à sa suite pour vagabonder à notre guise dans les rues sales et transversales, les ruelles, sur les boulevards, dans des sentiers de boisés. Grâce au chien, on peut même passer la nuit sous la lune.

Rentrer et sortir à notre guise entre 20h et 5h. En plus du chien, il y a les preuves fumantes de son passage que le maître ne ramasse pas toujours. Ce sont comme les cailloux du Petit Poucet.

Les besoins du chien sont devenus plus essentiels que ceux de l’humain qui voudrait bien décompresser un peu à l’air frisquet de janvier ou février sous zéro. Pour ceux qui ne pourraient se passer de ce moment privilégié où le froid nocturne nous rend parfois vives les configurations étoilées, le chien reste la solution. Le chien doit obligatoirement être tenu en laisse, mais si on la lui enlevait, l’espace d’un instant, l’on pourrait partir à sa suite fureter dans des recoins inconnus de la nuit. C’est tentant et cela a le mérite de faire faire de l’exercice.

Car désormais, c’est le chien qui nous tient en laisse. La nuit, tous les chiens sont gris. Le chien nous apprend alors une vérité incontournable, on est toujours le chien de quelqu’un ou de quelque chose. Celui des libertés fondamentales, des droits constitutionnels, des droits individuels, tout cela confondu. Comme un chien avec ou sans laisse, la liberté n’est pas une marque de yogourt. Mais la liberté peut être à géométrie variable. Tout près de mon oreille, j’entends le cliquetis de l’attache de la laisse sur mon collier de chien. Le despotisme, le manque de transparence, l’autoritarisme, les faussetés, les raccourcis, le manque d’esprit critique, comme autant de prises en charge sur les colliers de chiens de nos vies. La dictature des réseaux sociaux, en cette ère du numérique. La laisse tire sur le collier et étrangle la pomme d’Adam. Aspirés par les écrans blafards, les doigts fébriles sur les claviers, la main crispée sur la souris, chacun cherche son chien, anesthésié par les manquements affectifs.

Vous savez quoi? Quand je voudrai sortir et prendre l’air dans les rues endormies, je demanderai à un ami: «passe-moi ton chien». Je lui mettrai au cou ma laisse de la journée.