Lac-Mégantic: plus jamais

Il y a six ans, le 6 juillet, la pire tragédie ferroviaire de l’histoire récente du Québec s’abattait sur Lac-Mégantic, emportant 47 vies et changeant à tout jamais celle de leurs proches et de la communauté entière.

Jamais le Québec ne se remettra tout à fait de ce drame humain et environnemental.

J’y étais au petit matin en tant que ministre de l’Environnement du Québec. Jamais je n’oublierai les visages des gens, l’ampleur de la catastrophe, les rues désertées, l’asphalte fondant sous nos pas, le panache de fumée menaçante, les wagons empilés, la détresse.

Nous avons tout fait pour gérer cette crise le plus adéquatement possible. La vérité, c’est que la seule façon, pour un gouvernement, de faire face à l’explosion et au déversement de près de huit millions de litres de pétrole, c’est d’empêcher en amont que ça se produise. La prévention.

Six ans plus tard, il est plus pertinent que jamais de talonner l’État canadien pour qu’il corrige sa négligence, sa complaisance peut-être, dans la sécurité du transport ferroviaire de matières dangereuses et qu’il amorce la sortie des énergies fossiles.

Le déraillement, lundi dernier, d’un train à Lac-Édouard n’est pas un cas isolé. Depuis Mégantic, le nombre d’incidents ferroviaires n’a pas diminué : il a augmenté. Encore en 2019, des personnes ont perdu la vie en Colombie-Britannique dans un déraillement quasi identique. 

Pendant ce temps, dix fois plus de barils de pétrole circulent dans les villes qu’avant Mégantic. Les incidents augmentent, les convois pétroliers allongent et s’alourdissent, et le Canada n’en tire aucune leçon. Il semble n’y avoir que les vies perdues qui, pour un temps, suscitent l’intérêt politique d’Ottawa.

D’où la nécessité d’une commission d’enquête publique pour faire la lumière sur les événements de Lac-Mégantic, mais aussi révéler le laxisme du Canada dans la sécurité ferroviaire qui met en danger ses propres citoyens. Encore aujourd’hui, Ottawa permet aux entreprises de transport de s’autoréguler. Ce sont elles-mêmes qui inspectent l’état des rails et leur équipement, pratiquement sans surveillance. Cette enquête sur la sécurité est essentielle indépendamment du débat sur la construction de nouveaux oléoducs pour l’exportation massive, qui ne réduirait pas d’une goutte la quantité de pétrole qui circule à travers nos municipalités. La volonté des pétrolières de l’Ouest n’est pas de remplacer mais bien d’ajouter.

C’est aussi pourquoi il faut convaincre le Canada que l’avenir ne passe ni par le transport de pétrole par oléoduc ni par le transport par train. Il passe par la sortie programmée des énergies fossiles, le seul risque zéro pour la population, en plus d’être un formidable moteur de développement économique régional pour le Québec en faisant appel à notre énergie propre, nos centres de recherche et notre savoir-faire innovant.

Nos municipalités pourraient être mises à contribution dans la création de richesses par le virage vert. Elles sont plutôt mises en danger par un modèle pétrolier canadien figé dans le siècle dernier alors qu’à la dernière Conférence des parties de l’ONU, le Canada était classé aux côtés de l’Arabie saoudite au bas-fond des États qui en font le moins pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Le Québec peut faire mieux, donc le Québec doit faire mieux, et fera mieux. Nous le devons aux gens de Lac-Mégantic.

Yves-François Blanchet
Chef du Bloc Québécois

Yves-François Blanchet