Pour l’heure, on ne sait pas si la monnaie à laquelle songent ces jeunes péquistes est essentiellement symbolique. Serait-elle adossée au dollar canadien? Oui? Non?

La valeur de la piastre québécoise

CHRONIQUE / La piastre québécoise? La direction du Comité national des jeunes du Parti québécois en a fait sourire et sourciller plus d’un avec sa proposition de créer un dollar québécois appelé «piastre» dans un Québec indépendant. Mais qu’on soit pour ou contre le projet souverainiste, le fait est que le débat autour de la création d’une monnaie québécoise a malheureusement été éludé depuis trop longtemps au Parti québécois.

La Presse canadienne rapportait en fin de semaine que l’exécutif du groupe des jeunes péquistes soumettra ce projet de devise québécoise à ses membres lors de son prochain congrès les 7 et 8 mars à Montréal. On peut dire qu’ils sont rêveurs, ces jeunes péquistes; qu’ils ne tiennent aucunement compte de l’actuelle situation politique et patati patata. Tout ça est vrai.

Mais ne vaut-il pas mieux cent fois avancer à visière levée plutôt que de flouter les contours de ce que l’on propose? Franchement, bravo à ces jeunes péquistes pour cette volonté de clarté!

C’est, pour l’heure, la principale valeur de leur suggestion. Mais c’est déjà beaucoup.

Le Parti québécois ne tranchera pas cette question demain. Il n’en est pas là et n’est pas prêt à cela.

Ce parti a agacé et lassé bien des fédéralistes et des souverainistes en brandissant pendant tant d’années l’idée de la souveraineté un peu comme un hochet sans presque jamais la définir. Un mot ne fait pas foi de tout pourtant.

Pour l’heure, on ne sait pas si la monnaie à laquelle songent ces jeunes péquistes est essentiellement symbolique. Serait-elle adossée au dollar canadien? Oui? Non?

Définir les contours

Dans l’avenir, le Parti québécois se contentera-t-il de faire «le procès du régime canadien» ou définira-t-il plus précisément son projet phare? Ce serait bien qu’il s’attelle un peu plus à cette dernière tâche.

Le plus difficile pour lui n’a jamais été de réaffirmer sa foi en la souveraineté, non plus que d’énoncer les «bienfaits» qui — répète-t-il — découleraient d’un Oui majoritaire lors d’un troisième référendum sur l’indépendance. Non plus que de pourfendre Ottawa. Tout ça, il sait le faire.

Depuis au moins une génération, le plus dur pour lui a toujours été de dire aux Québécois si son projet comportait ou non l’adoption d’une monnaie québécoise. Ou si, dans son esprit, l’armée devait être commune ou pas (avec ce qui resterait du Canada). Ou s’il fallait créer ou pas des institutions politiques communes avec un Canada amputé du Québec (et encore moins de dire lesquelles, bien sûr).

Pas étonnant que de nombreux péquistes aient sursauté en 2014 lorsque Pauline Marois avait dit qu’un Québec indépendant conserverait le dollar canadien et qu’aucune frontière ne le séparerait du reste du Canada. Pourquoi cet étonnement? Parce que ces questions étaient et demeurent éludées depuis plus de 25 ans au Parti québécois.

Et pourquoi cette situation? Notamment parce que les péquistes n’ont jamais vraiment partagé entre eux la même vision des choses. Et que s’avancer sur ce terrain a souvent été vu comme une prise de risque inutile. Plus le parti fournirait de détails, plus il donnerait de prises à ses adversaires…

Mais de plus en plus de gens au Parti québécois se disent qu’ils n’ont rien à perdre et veulent que ces débats soient menés. Ils sont sans doute minoritaires, mais ils veulent répondre, en gros, à la question suivante : Quel type de souveraineté?

Cette volonté de clarté est un chemin difficile, mais les honore.

Il faudra toutefois voir si la volonté de certains péquistes de mieux définir les contours de la souveraineté supplante la conviction de nombreux autres pour qui la meilleure carte à jouer est celle du procès permanent, lequel prendrait de la force, se disent-ils, après une série de fins de non-recevoir d’Ottawa et des tribunaux. Pensons entre autres à la loi sur les signes religieux.

Animer

Historiquement, les jeunes libéraux ont beaucoup plus souvent «brassé la cage» du Parti libéral du Québec que l’ont fait les jeunes péquistes avec leur formation.

Cette époque pourrait être révolue à en juger par les autres propositions que la direction des jeunes péquistes soumettra à ses membres. La Presse canadienne a aussi rapporté que celle-ci leur recommandera de proposer la modification de la Loi sur les normes du travail pour abaisser de 40 à 30 heures la semaine de travail et pour instaurer la semaine de quatre jours en été. C’est très audacieux, pour dire le moins.

Le Parti québécois réanimera-t-il des débats? C’est le défi que lui lance l’exécutif du groupe des jeunes péquistes.