La table est mise

Éditorial / Dans la foulée de son décret « Acheter américain; embaucher américain », le gouvernement Trump a dénoncé à maintes reprises l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) et a confirmé lundi qu'il vise notamment le système canadien de gestion de l'offre pour le lait, les oeufs et la volaille.
Ce n'est évidemment pas une surprise, mais c'en est pas moins inquiétant pour le secteur laitier, principalement au Québec, où il représente plus de 6000 fermes et 83 000 emplois directs et indirects.
Maintenant que la table est mise, il faut bien sûr s'attendre à une intense mobilisation du monde agricole, mais, surtout, le gouvernement canadien devra négocier ferme pour préserver les acquis des producteurs et de l'industrie laitière.
Alors que la renégociation de l'ALENA, entré en vigueur en 1994, doit démarrer à la mi-août, le premier ministre Justin Trudeau promet de défendre la gestion de l'offre affirmant que le système fonctionne bien et est profitable pour les consommateurs, l'industrie laitière et les producteurs.
Le président Donald Trump a habitué les Canadiens à ses déclarations intempestives et belliqueuses, mais il y a une différence entre le discours politique sur le terrain et ce qui se passera aux tables de négociation.
La prudence, pour ne pas dire une certaine méfiance, est toutefois de mise.
Car malgré les propos rassurants de Justin Trudeau, bon nombre de producteurs laitiers n'ont sans doute pas oublié qu'Ottawa a dû faire des concessions lors des pourparlers pour l'Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l'Union européenne (UE), adopté au début de l'année, en acceptant l'importation de 17 000 tonnes additionnelles de fromages européens par année.
Qu'en sera-t-il cette fois-ci?
En répétant que les autres pays profitent de la richesse des États-Unis et de règles commerciales inéquitables, des propos destinés pour une bonne part à plaire à sa base électorale, le président Trump ne fait pas toujours dans la nuance ni dans l'exactitude des faits.
Car le Canada, tout comme le Mexique du reste, ne compte que pour une petite partie du déficit commercial international des États-Unis alors que la Chine, par exemple, compte pour 40 pour cent, selon une récente étude de la Banque Nationale.
Et s'il est vrai que les États-Unis étaient en déficit commercial avec le Canada en 2016 pour l'ensemble des échanges de biens et de services, cela est dû au secteur de l'énergie et du pétrole.
De plus, l'ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, rappelait il y a quelques mois que la balance commerciale dans le secteur laitier est nettement à l'avantage de notre voisin du Sud, par un facteur de 5 contre 1.
Malgré cela, les États-Unis tenteront de faire éliminer les barrières non tarifaires sur les produits agricoles américains et d'attaquer la gestion de l'offre pour la production de lait, d'oeufs et de volaille, afin d'obtenir un meilleur accès au marché canadien.
Les pourparlers s'annoncent difficiles, mais dans toute négociation, dit-on, il y a du donnant-donnant, et il serait surprenant que les Américains soient prêts à abandonner leurs subventions agricoles en échange de l'abolition de la gestion de l'offre. Jusqu'où chacun sera-t-il prêt à aller?
Il faut laisser les négociateurs amorcer leurs travaux.
Mais le Canada devra tout faire pour minimiser les dommages et protéger un système qui a bien servi les producteurs laitiers, jusqu'ici, en leur permettant de négocier collectivement les prix et de planifier leur production en fonction de la demande des consommateurs, tout en préservant des fermes à dimension humaine.