La survie de l’Obamacare gravement menacée

ANALYSE / Sous le système de l’Obamacare, la loi sur les soins de santé à prix modique adoptée en 2010, les personnes non couvertes par Medicaid ou Medicare et non assurées dans un programme régulier d’assurance maladie, qu’il soit privé ou public, doivent chaque année s’inscrire auprès du gouvernement fédéral afin d’obtenir un coupon échangeable auprès d’une compagnie d’assurance.

En fin de compte, que l’inscription soit gérée à Washington ou dans les États, le fédéral paie une partie de la prime selon le revenu de l’individu. Les gens admissibles peuvent ainsi obtenir une subvention aidant à réduire leurs primes ou leurs franchises. Pas moins de 8,7 millions de personnes reçoivent de fait une aide fédérale permettant de maintenir leurs primes à moins de 10 % de leur revenu annuel.

L’administration fédérale gère le système d’échanges dans 39 États. Les 11 autres États, incluant la Californie et New York, organisent leurs propres échanges pour leurs résidents. Chaque année, les personnes incapables de montrer qu’elles ont une couverture santé se voient imposer annuellement une amende de 695 $.

Or, en 2016, Donald Trump et les républicains avaient promis d’abroger l’Obamacare et de la remplacer par un système plus économique et plus efficace. Mais le Congrès, dominé par les républicains, a uniquement été capable depuis un an d’abroger l’obligation de toute personne de prendre une assurance maladie.

Au cours de l’automne 2017, une coalition d’associations de médecins, d’hôpitaux et de compagnies d’assurance maladie a interpellé le Congrès sur l’importance de maintenir l’obligation pour tous de souscrire à une assurance maladie. L’obligation des jeunes et des personnes en bonne santé de prendre une assurance maladie permettait de maintenir des primes plus abordables et plus stables en équilibrant les risques.

Mais le Congrès abandonna cette obligation. Le bureau budgétaire du Congrès a évalué à 4 millions le nombre de personnes qui cesseraient d’être couvertes à partir de 2019 et de 13 millions en 2027. Cette abrogation permettra entre-temps d’économiser 338 milliards de dollars en subventions individuelles.

Comme le programme devient hypothéqué par un nombre proportionnellement plus élevé de personnes plus âgées et plus malades, les compagnies d’assurance maladie doivent augmenter les primes pour couvrir les frais ou choisir simplement de se désaffilier du système.

Dans les 39 États où le système est géré par le fédéral, 237 compagnies d’assurance maladie participaient au programme de l’Obamacare en 2016. Ce nombre a été réduit à 167 en 2017. En 2018, il ne reste plus que 132 assureurs. Pour les républicains, le retrait des assureurs qu’ils ont volontairement suscité devient une preuve supplémentaire de l’échec du programme de l’Obamacare.

De fait, la pénurie de choix, liée à la décroissance du nombre d’assureurs, met en danger à long terme le programme de l’Obamacare. Dans plusieurs États, il ne reste plus qu’une ou deux compagnies qui participent au programme. Des dizaines de milliers d’Américains n’ont pu trouver dans des centaines de comtés un seul assureur pour effectuer un échange de leur coupon contre une assurance.

Cette désaffiliation croissante entraîne déjà des conséquences. Avec une diminution de la concurrence, les primes sont en nette hausse et cela d’autant plus que l’administration Trump a permis aux assureurs d’augmenter les taux en supposant que le financement des subventions de l’Obamacare prendrait fin. Ainsi, pour l’année 2018, la hausse est en moyenne de 37 %. Plus encore en Iowa, où il ne reste plus qu’un seul assureur inscrit au programme, les primes ont monté en flèche de 88 %.

Devant l’incapacité des républicains à démanteler et à remplacer l’Obamacare, Trump a choisi de le faire avec des ordres exécutifs. La période pour s’inscrire au programme de l’Obamacare pour l’année 2018 a été réduite de moitié et n’a fait l’objet d’aucune promotion.

De plus, l’administration Trump a réduit de moitié le financement accordé aux navigateurs qui aident les gens à s’inscrire. Ainsi, des milliers de personnes qui n’avaient pu accéder aux centres d’appel pour compléter leur inscription ont été rejetées, car contrairement aux années précédentes, l’administration Trump n’a pas prolongé la date limite d’inscription du 21 décembre.

En dépit des mesures prises par l’administration Trump pour torpiller l’Obamaca, le nombre d’inscrits au programme a atteint 8,8 millions de personnes le 21 décembre 2017, une baisse de seulement 400 000 inscrits par rapport à l’année précédente. Près de 2,4 millions des inscrits étaient nouveaux dans le système. L’inscription de 4,1 millions de personnes dans les six derniers jours montre comment le programme représente une réponse aux besoins de beaucoup de gens.

Dans des États comme Washington ou le Connecticut, le nombre de nouveaux inscrits a bondi respectivement de 24 % et 15 % par rapport à 2016. Dans certains endroits au Maryland, le nombre d’inscriptions a été deux fois plus qu’en 2016. Les sites web étaient encore achalandés à minuit.

L’engouement pour s’inscrire, en dépit des entraves mises en place par l’administration Trump, constitue une preuve de plus que les gens veulent une assurance maladie et que l’Obamacare répond largement à leurs besoins.

Néanmoins, le marché de l’assurance maladie a été déstabilisé, frappant tout particulièrement la classe moyenne dont beaucoup de membres ironiquement avaient voté pour Trump. En effet, l’augmentation des primes touche particulièrement les 7 millions de personnes de la classe moyenne qui adhéraient au programme tout en n’étant pas admissibles à des subventions et les 5,1 millions qui achetaient une couverture individuelle en dehors du programme de l’Obamacare.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.