Donald Trump

La stratégie du chaos sous Donald Trump

ANALYSE / Dans le dernier mois, des commentateurs politiques, des journalistes et autres observateurs de la scène politique américaine ont noté à profusion comment l'administration Trump semblait chaotique et désorganisée. Incapable de donner une ligne directrice, le nouveau président sèmerait la confusion par des sorties intempestives et en tirant sur tout ce qui bouge.
Comme preuve de la désorganisation qui règne dans la nouvelle administration, les observateurs citent le cas du vice-amiral à la retraite, Robert S. Harward. Ce dernier déclina l'offre du président Trump de remplacer le général Flynn à la tête du Conseil national de sécurité, prétextant en autre chose le chaos existant autour du président.
D'ailleurs, plusieurs dirigeants républicains n'hésitent plus à critiquer ouvertement le président. Face au désordre apparent régnant à la Maison-Blanche, John McCain, sénateur républicain et ancien candidat à la présidence, tira la sonnette d'alarme sur la façon particulière dont les politiques de l'administration pourraient menacer la sécurité les Américains. Pour sa part, le général Raymond Thomas nota que « notre gouvernement continue d'être dans une agitation incroyable », comme si le pays était en guerre.
En lançant jour après jour de nouvelles controverses sur Twitter, Donald Trump est perçu comme le principal artisan des forces déstabilisantes au sein de son administration. Aussi, plusieurs dirigeants républicains affirment que le président, obsédé par sa propre fortune politique, représente le principal handicap à la réalisation de son programme politique.
La conférence de presse qu'il donna le 16 février représente selon les dires de plusieurs observateurs un autre bel exemple d'une occasion manquée pour souligner les bons coups de l'administration. Au lieu de cela, Donald Trump s'en est pris aux grandes chaines de télévision qu'il a accusées d'être, non ses ennemies, mais les ennemies du public américain.
Les Américains assistent chaque jour à de nouvelles polémiques, des controverses insolubles et des messages contradictoires qui exposent les tensions internes au sein de la nouvelle administration. En générant jour après jour des manchettes peu flatteuses, Donald Trump consommerait inutilement du capital politique dont son administration aurait bien besoin.
En conséquence, les grands médias, les grands commentateurs de la politique américaine et même plusieurs dirigeants républicains jugent qu'il est urgent que le nouveau président mette en ordre son administration. Sans quoi il va entraîner non seulement les États-Unis, mais aussi le reste du monde, vers une dérive non désirée.
Les critiques de la nouvelle administration attribuent le désarroi existant à des intrigues de palais et à un manque d'expérience au sein du cercle intime des conseillers de Trump. Mais ces critiques oublient que l'instabilité est générée au plus haut niveau par Donald Trump lui-même et par Steve Bannon, son plus proche conseiller.
Durant les primaires et la campagne présidentielle, les commentateurs américains ont noté à répétition comment l'organisation de Trump semblait chaotique et désorganisée. Pourtant il a gagné, non seulement contre ses adversaires républicains, mais aussi contre Mme Clinton. Aujourd'hui, il gouverne comme il a fait campagne. Cette méthode a été d'abord éprouvée dans sa gestion des affaires. C'est ainsi qu'il a
réussi en affaires, comme un dirigeant atypique.
Pour comprendre véritablement la stratégie de Trump, il faut recourir à la théorie du chaos dont il est un adepte. Loin de sentir un désarroi devant le chaos, il le provoque. Il utilise celui-ci comme un outil efficace pour négocier, diriger une organisation, et ultimement comme moyen d'atteindre ses objectifs. Le chaos lui permet de déstabiliser ses adversaires et de rendre nerveux ses alliés. En créant le chaos, il demeure le maître du jeu.
Le jeu consiste à créer ici et là des polémiques et à regarder comment l'organisation réagit face au chaos qui en résulte. Cela lui permet d'évaluer les systèmes et les personnes. Il faut voir que le chaos n'est pas aléatoire. Il est ciblé et permet de déceler les points faibles d'une organisation ou d'individus.
En ce sens, les critiques des dernières semaines sur Trump reposent sur une base erronée. N'ayant pas une vision d'ensemble du plan de jeu du président, ils sont incapables de bien comprendre ce qui se passe vraiment.
Que cela soit en politique intérieure ou politique étrangère, Trump multiple les promesses, les diatribes et les insultes en une vitesse vertigineuse. Une nouvelle controverse éclipse la précédente, lui assurant d'avoir constamment une vaste couverture médiatique. Il domine ainsi le cycle des nouvelles. D'ailleurs, devenu président, il a signifié clairement qu'il n'avait pas l'intention de changer son style de gouvernance.
Donald Trump est un président qui a promis de secouer l'appareil administratif fédéral. La création du chaos est son outil privilégié pour changer rapidement non seulement les politiques, tant intérieures qu'extérieures, mais aussi le mode organisationnel de Washington.
Loin de se laisser intimider par les manifestations populaires contre ses politiques, Trump cherche à les susciter. Celles-ci rentrent dans sa stratégie. Plus le chaos devient grand, tant au plan national qu'à l'international, plus il est nécessaire de changer de cap, de remettre en question les politiques établies et de renégocier de nouveaux accords.
Décidément, Donald Trump veut être un leader transformationnel. Mais pour réaliser ses objectifs, contrairement à Barack Obama, il n'est pas question pour lui de rechercher des consensus ou de miser sur des compromis.
Gilles Vandal, professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS