La sexualité à l’école, il faut bien en parler (bis)

ANALYSE / Il y a trois ans, je publiais dans ces pages un texte en faveur d’une éducation à la sexualité, dans nos écoles primaires et secondaires, à la hauteur de nos attentes. Depuis ce temps, il y a eu un projet-pilote, mais aujourd’hui, moins de 10 % des écoles offrent une quelconque forme d’éducation à la sexualité. Le ministre de l’Éducation, Sébastien Proulx, a néanmoins réagi cette semaine, évidemment à cause de l’actualité, se questionnant sur la possibilité d’étendre cette formation. En ce sens, et aussi en réaction à l’actualité, je me permets de proposer à nouveau le texte que j’avais écrit à l’époque. Outre ce paragraphe d’introduction et une édition du texte pour répondre à des exigences d’espace, celui-ci demeure foncièrement inchangé. De fait, il est encore d’actualité, malheureusement...

De façon générale, la population est d’accord que l’on propose aux jeunes une certaine forme d’éducation sexuelle, elle qui a disparu avec les cours de Formation personnelle et sociale (FPS) lors de la Réforme de l’éducation, il y a maintenant plus d’une décennie. Il y avait à l’époque un désir que ce sujet continue à être traité d’une manière ou d’une autre, mais force est de constater que le projet a globalement avorté. Un problème rencontré fut celui de la non-qualification de la grande majorité du personnel enseignant pour discuter de sexualité. Non, ce n’est pas parce que nous conduisons une voiture que cela fait de nous des mécaniciens. [...] En ce sens, il est clair que des rencontres ponctuelles éventuellement mises sur pied pour traiter de sexualité devront être animées par des individus compétents en la matière, capables d’adapter le message en fonction du public cible et surtout aptes à dynamiser les rencontres pour intéresser les jeunes et faire en sorte que ces derniers reçoivent des réponses à leurs propres préoccupations. Soulignons qu’un tel cours, bien monté, aborderait toute la question des relations interpersonnelles, du respect, des minorités et des différences, d’être à l’écoute de son corps, des formes de violences sexuelles, etc.

S’il y a une chose que les plus récents événements et le mouvement #AgressionNonDénoncée/#BeenRapedNotReported [et #MoiAussi/#MeToo cet automne] sur Twitter nous ont bien montré, c’est qu’il existe toujours dans notre société des sujets touchant la sexualité qui méritent une attention spéciale pour faire évoluer les mœurs. En tant que simple citoyen, il n’est pas inutile de questionner nos agirs et nos réflexions, par exemple envers la différence. Ou encore, il peut être approprié d’évaluer certains réflexes de réprimande et de condamnation plutôt conservateurs que nous avons encore parfois quand il est question de sexualité, surtout si cela concerne la jeunesse.

Tout cela pour dire que nous avons tous, collectivement, une part de responsabilité dans le rapport que nos jeunes entretiennent avec la sexualité. L’école doit et peut faire sa part, d’autant qu’elle a (normalement…) des ressources* à sa disposition pour remplir cette mission. Cependant, si nous envoyons constamment un double message à notre jeunesse, que la sexualité est taboue, voire sale, sauf à l’école, les effets de n’importe quelle éducation à la sexualité seront nécessairement limités. Il n’est pas question ici de tous se transformer en experts de la sexualité prêts à en parler ouvertement avec nos enfants ou ceux des voisins, il faut cependant laisser aux vrais experts en la matière toute la latitude de le faire, de façon juste et positive.

* Il faut souligner l’existence de nombreux livres écrits pour les enfants et les adolescents sur une panoplie de sujets liés à la sexualité (les préférences, les types de familles, etc.). Une simple recherche à la bibliothèque ou sur Internet sera rapidement fructueuse.

Vincent Beaucher est enseignant en éducation à l’Université de Sherbrooke et à Bishop’s