L’administration de Barack Obama a su doser les politiques de stimulus économique, compte tenu de la croissance rapide de la dette. Cette approche a permis une reprise lente, mais soutenue.

La seconde plus longue période de prospérité américaine

ANALYSE / En avril dernier, l’économie américaine a franchi une étape importante, soit 106 mois consécutifs de reprise économique. Cette expansion économique est la deuxième plus longue de l’histoire américaine et elle n’est pas encore terminée. Bien entendu, Donald Trump s’est empressé de s’octroyer tout le mérite de cette croissance.

Néanmoins, celle-ci fut largement le résultat des politiques mises en place par Barack Obama.
À la suite de l’effondrement des marchés financiers et de la crise bancaire en 2008, les entreprises et les consommateurs américains furent d’abord prudents. Ils hésitaient à prendre de risques. L’administration Obama a su doser les politiques de stimulus économique, compte tenu de la croissance rapide de la dette. Cette approche a permis une reprise lente, mais soutenue.

Sous l’égide d’Obama l’économie américaine s’est accrue à partir de juin 2009 au rythme moyen modéré de 2 % par année. L’administration a été incapable de générer une croissance similaire à celle survenant à la suite des récessions passées, soit de 3 %. Mais cela fut causé par différents facteurs : obstruction systématique des républicains au Congrès, vieillissement de la population, augmentation des inégalités économiques, faiblesse des économies étrangères. etc.

Toutefois, en évitant une croissance explosive et une montée sensible de l’inflation, l’administration Obama a protégé l’économie américaine d’une intervention marquée de la réserve fédérale qui aurait eu comme effet de ralentir l’économie par une hausse abrupte des taux d’intérêt. De plus, l’administration Obama a mis en place des garde-fous pour réguler les marchés immobiliers et financiers. Ces politiques ont donné une croissance soutenue, sans excès, ce qui a permis aux entreprises et aux particuliers d’assainir leur crédit financier.

De son sommet à près de 11 % en 2009, le taux de chômage a graduellement diminué à 4,8 % lorsque Barack Obama a quitté la présidence américaine. Le taux de chômage se situe présentement à 3,9 %, son plus bas taux depuis 2000. Et certains économistes considèrent qu’il pourrait encore diminuer pour atteindre 3 %, ce qui ne s’est pas vu depuis 1969.

En tenant compte des réductions d’impôts octroyées par l’administration Trump en décembre dernier, les États-Unis pourraient connaître la plus longue période d’expansion de son histoire, dépassant les 120 mois des années 1990. Mais pour cela, il faut que l’administration Trump ne provoque pas de choc international comme une intervention militaire intempestive ou une guerre commerciale avec la Chine ou l’Europe.

Or, Donald Trump a hérité de son prédécesseur une base solide pour maintenir la prospérité économique. Mais loin de vouloir poursuivre dans l’approche d’Obama, Trump est déterminé à détruire l’héritage de ce dernier dans tous les domaines, y compris les politiques de régulation de l’économie.

En rejetant les politiques prudentes de l’administration Obama, Trump affaiblit les gardes fous protégeant l’économie américaine, mettant ainsi en péril la structure économique du pays tout en menaçant la sécurité économique de la population américaine.

Les politiques de Trump sont à la fois simples et dangereuses : destruction du programme de santé mise en place par Obama, déréglementation financière des banques et agences de courtage, réduction massive et irréaliste des impôts, croissance astronomique de la dette, etc. Ces politiques ne peuvent que générer temporairement la croissance tout en mettant en place des ingrédients similaires à ceux qui ont causé la crise de 2008.

Paradoxalement, la réduction des impôts a comme effet de soutenir temporairement la croissance tout en accélérant la fin de la reprise à cause du déficit fédéral qu’elle génère. »Cela est d’autant plus vraiment que cette réduction d’impôts va attiser l’inflation et finir par forcer la réserve fédérale à hausser les taux d’impôts. C’est dans cet esprit que certains économistes prédisent une récession au milieu de 2019 ou au plus tard en 2020.

Par ailleurs, le rythme de croissance a ralenti de 2,9 % au dernier trimestre de 2017 à 2,3 % au premier trimestre de 2018. Ce ralentissement apparaît au niveau de la création de l’emploi qui a été réduite de moitié pour se situer autour de 100 000 par mois.

De plus, en dépit des baisses d’impôts et de l’augmentation des salaires se situant à 2,7 % par rapport au printemps de 2017, les ménages américains sont devenus plus réticents à dépenser. Or, les dépenses de consommation sont le moteur de l’économie américaine. Celles-ci n’atteignaient que 1,1 % au premier trimestre de 2018, soit son taux le plus fiable depuis 2013.

Plusieurs indices soulignent que l’économie américaine est entrée dans une fin de cycle économique et qu’une récession pointe à l’horizon. Un simple regard sur l’évolution du marché boursier depuis trois ou quatre mois représente un signal incontournable. D’ailleurs, un sondage auprès des gestionnaires de fonds révèle que 70 % d’entre eux pensent que le marché boursier a atteint un sommet et que les États-Unis sont dus à une correction majeure liée à une récession.

Les banques Morgan Stanley et America, les sociétés Merryll Lynch et Guggenheim Partners et les agences de cotation Fitch et Moody endossent aussi cette perspective en affirmant que l’économie américaine est entrée dans un cycle tardif et qu’une récession devrait survenir dès 2019, sinon en 2020.

Les deux prochaines années vont nous dire si Donald Trump fournira aux Américains un brillant avenir de prospérité illimitée comme il ne cesse de promettre depuis 2016, où s’il a promis. Il y a donc une très forte probabilité que les États-Unis soient en pleine récession lors des élections présidentielles de 2020.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.