Les conservateurs ont toujours le réflexe de dénigrer la science et le savoir pour tenter de gagner des appuis électoraux, écrit notre éditorialiste.

La science est nuisible

ÉDITORIAL / Les Canadiens devraient se méfier. Les experts, les universitaires ainsi que les médias seront dans le camp de Justin Trudeau lors des prochaines élections, prévient Andrew Scheer. Décidément, les conservateurs ont changé de chef, mais leurs marottes sont les mêmes qu’à l’époque de Stephen Harper.

À un an des élections fédérales, le chef Scheer a lancé dimanche le compte à rebours devant des partisans réunis à Ottawa.

Que le chef de l’opposition dénonce le déficit budgétaire, les taxes sur le carbone, ou l’étique du gouvernement Trudeau, tout ça est de bonne guerre.

Qu’Andrew Scheer soutienne que les libéraux ont échoué à soutenir la classe moyenne et à mieux positionner le Canada à l’étranger fait aussi partie du jeu partisan.

Le chef conservateur sent toutefois le besoin d’identifier des «adversaires» hors de l’arène politique.

Selon la Presse canadienne, M. Scheer a signalé à ses partisans que M. Trudeau aura dans son camp médias, experts et universitaires, «tous ces gens qui veulent dire aux Canadiens comment dépenser leur argent et vivre leur vie».

Misère!

Le passage dans l’opposition n’a manifestement pas changé l’opinion des conservateurs à l’égard des scientifiques et de tous ceux qui peuvent jeter sur leurs propositions ou leurs politiques un regard critique basé sur des faits, des données et la science. Selon eux, il semble préférable de gouverner et d’avancer à l’aveugle ou à tâtons plutôt que de se fier à la science.

Si les conservateurs reprennent le pouvoir à l’automne 2019, les scientifiques risquent de revivre le même cauchemar que sous le règne de Stephen Harper. Plusieurs doivent s’en souvenir chez Statistique Canada, chez Pêches et Océans Canada et à l’Institut Maurice-Lamontagne, mais un rappel n’est pas superflu.

Les conservateurs avaient aboli en 2010 le caractère obligatoire du formulaire long du recensement et rendu facultative la réponse à ce questionnaire.

Sous prétexte de préserver la vie privée, le gouvernement privait les gouvernements provinciaux, les municipalités, les chercheurs et les entreprises de données utiles pour cerner des enjeux, développer des services et éclairer des décisions.

Durant le mandat des conservateurs, les chercheurs ont manifesté pour dénoncer les politiques de censure et les coupes budgétaires, notamment dans la recherche fondamentale. Ils ont accusé le gouvernement Harper de les bâillonner ou de vouloir orienter leurs rapports selon ses intérêts partisans.

Plus de 800 scientifiques de 32 pays, dont les États-Unis, ont même fait parvenir en 2014 une lettre au premier ministre Harper pour appuyer leurs collègues canadiens et pour rappeler l’importance de communiquer et de collaborer entre scientifiques du monde entier.

Quatre ans plus tard, les conservateurs ont toujours le réflexe de dénigrer la science et le savoir pour tenter de gagner des appuis électoraux.

Experts et scientifiques sont associés à Justin Trudeau — qui a nommé une scientifique en chef pour le Canada — et aux «bien-pensants» qui veulent dicter la vie de M. et Mme Tout-le-Monde. Ils deviennent suspects s’ils vont à l’encontre des positions du Parti conservateur.

On le voit avec la tarification du carbone et la lutte contre les changements climatiques.

Qu’importe ce que peut dire un Prix Nobel en économie sur un bon moyen de ralentir le réchauffement de la planète, qu’importe le signal d’alarme du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), le parti ne déroge pas à sa ligne. Ceux qui ne pensent pas comme lui ont forcément tort.