Donald Trump

La santé mentale de Donald Trump

ANALYSE / De nombreux psychologues et psychiatres, des législateurs démocrates et républicains, des journalistes et commentateurs politiques n'hésitent plus à parler publiquement de la maturité émotionnelle et de la stabilité mentale et psychologique de Donald Trump. Certains suggèrent même que ce dernier subisse un examen de santé mentale, car, selon leurs dires, la présence au centre du monde d'un tel dirigeant aussi instable et incapable d'accepter la réalité est excessivement dangereuse.
Les critiques qui s'interrogent sur la santé mentale du président le font à partir de deux éléments. Premièrement, ils perçoivent Trump comme un menteur pathologique qui arrange les faits pour les faire correspondre à sa vision de la réalité. Sa fixation enfantine sur la taille de la foule à son inauguration présidentielle, sa fausse évaluation du taux de meurtres des États-Unis, ses fausses allégations d'émeutes en Suède, comme son insistance sur une fraude électorale massive inexistante en 2016, ne représentent que quelques exemples parmi des centaines d'autres d'une tendance impulsive chez Trump à fabriquer des « faits alternatifs ».
Pour expliquer le délire apparent qui amène le président américain à mentir systématiquement pour masquer la réalité, les psychologues et psychiatres consultés s'en remettent à la présumée personnalité narcissique de Trump.
Deuxièmement, ces mêmes observateurs notent comment Donald Trump, incapable de contrôler ses pensées et ses émotions, sent le besoin de tweeter régulièrement à toutes les heures de la nuit. Cette tendance prolifique à tweeter s'apparenterait aussi à une forme de désordre mental.
En effet, son père lui a inculqué un fait fondamental : le monde est un endroit dangereux et par conséquent il faut être prêt à combattre. Le jeune Donald est devenu très vite très compétitif dans un environnement très concurrentiel. Ce faisant, il a ressenti dès sa jeune enfance un besoin irrésistible d'exceller, d'être le premier.
Son comportement devint d'autant plus extrême qu'il développa rapidement un intense narcissisme. En conséquence, lorsque son importance personnelle n'est pas reconnue comme il l'espère, son côté narcissique se manifeste dans une anxiété insupportable et une rage incontrôlable.
Dans cette perspective, Trump chercherait à soulager son anxiété viscérale produite par son besoin d'être reconnu par différents comportements compulsifs liés au narcissisme : insulter ou ridiculiser publiquement ses rivaux, confronter ceux qui le défient ou le critiquent, manquer d'empathie et se montrer très vindicatif, recourir à un langage inflammatoire et faire appel à la peur ou la colère, mentir effrontément et réinventer l'histoire, tweeter au milieu de la nuit, favoriser un culte de l'homme fort, etc.
Ainsi, il a un besoin constant de recevoir de l'attention et de l'amour, d'être admiré et adulé. Ce besoin apparent se manifeste dans la pratique par un besoin d'inscrire son nom partout : casino Trump, compagnies Trump, université Trump, édifices Trump, steak Trump et vin Trump, etc. Toutefois, cette tendance pourrait tout aussi refléter, non un narcissisme, mais un marketing intelligent.
En effet, un comportement compulsif n'est pas nécessairement la preuve d'un trouble obsessionnel, voire d'un désordre mental. Une personne peut jouer constamment à des jeux vidéo, magasiner sans cesse ou vérifier continuellement son téléphone, sans qu'elle soit classée comme souffrant d'un déséquilibre mental. Il faut faire la distinction entre maladie mentale et troubles de la personnalité. Trump a plusieurs autres traits effrayants sans que l'on puisse pour autant le qualifier de malade mental.
D'ailleurs, les experts qui s'interrogent sur la santé mentale du nouveau président ne l'ont pas examiné personnellement. Ils oublient que le côté narcissique de Trump se retrouve aussi chez un taux élevé de présidents américains qui n'ont pas vu pour autant leur santé mentale remise en cause.
Par ailleurs, Trump a un côté théâtral qu'il faut prendre en considération. Il agit constamment comme s'il était un acteur sur scène. Mais son rôle serait de jouer Donald Trump. Son comportement a donc quelque chose d'irréel, parce qu'il se dissimule derrière son masque d'acteur. Comme Ronald Reagan, il sait qu'il est constamment observé. Il agit en conséquence.
En ce sens, son comportement public vise à dissimuler un maquillage émotionnel. Tous ses gestes sont calculés. En conséquence, les déclarations intempestives et les comportements particuliers de nouveau président doivent être compris non comme le résultat d'une déficience mentale, mais comme faisant partie d'une stratégie politique intentionnelle. D'ailleurs, son style de confrontation et son apparent narcissisme lui ont bien servi à ce jour.
Tout au long de sa carrière, que cela soit comme homme d'affaires, producteur et principal acteur de la série télévisée The Apprentice, ou durant sa campagne présidentielle, Donald Trump a toujours montré une grande perspicacité mentale. S'il est fou, il est resté rusé comme un renard. Cette aptitude lui a permis de réaliser régulièrement ses objectifs de manière inattendue.
Néanmoins, un grand nombre d'Américains sont inquiets, avec raison. Les commentateurs politiques et les professionnels de la santé ont raison d'exprimer leurs préoccupations.
Le côté narcissique de Donald Trump l'amène à refuser d'avoir des « briefings » quotidiens de renseignement. Ce comportement est d'autant plus dangereux que la campagne présidentielle a démontré chez lui une méconnaissance grave des dossiers internationaux. Or, le président des États-Unis est aussi le commandant en chef. Il peut ordonner des frappes militaires sur un ennemi potentiel, réel ou non, voire recourir aux armes nucléaires.
Gilles Vandal est professeur émérite de l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke