La santé mentale au banc des accusés

Caroline Caseault
Caroline Caseault
Coordonnatrice APUR
POINT DE VUE / Dans la nuit du samedi 31 octobre dernier, un drame a frappé notre douce et paisible ville de Québec. Là où nous pensions être en parfaite sécurité. Une horrible tragédie qui aura sacrifié d’innocentes vies humaines. Nous désirons, dans le même souffle, offrir nos plus sincères condoléances aux familles des victimes et souhaiter bon courage aux survivants et leurs proches. Un malheur sans nom qui laissera des cicatrices, malheureusement, indélébiles.

Dans un climat de pandémie et de fragilité économique, la santé mentale était déjà au cœur de nos actions pour nous qui travaillons dans ce domaine du milieu communautaire. Au moment où les différents gouvernements commencent à y voir de plus en plus une priorité, l’attaque du 31 octobre confronte les autorités à verser des montants supplémentaires pour aider à combattre ce qui devient le fléau du 21e siècle.

Cependant, le traitement de l’information circulant autour de la tragédie et de la possibilité d’une problématique de santé mentale du suspect nous a laissés suspicieux. Nous aimerions apporter quelques subtilités. Lorsque je dis «nous», je parle de l’association des personnes utilisatrices des services de santé mentale de la région de Québec (APUR) et ses membres au nombre de plus de 225.

L’APUR travaille pour la défense des intérêts des personnes ayant ou ayant eu une problématique de santé mentale. Nous sommes un par et pour. Ce qui signifie que pour travailler chez nous, vous devez avoir ou avoir eu une problématique de santé mentale.

La première nuance que nous aimerions souligner est celle de la différence entre maladie mentale et santé mentale. Lorsqu’on parle de santé mentale, il s’agit du bien-être de tous dont il est question et ceci est très inclusif. Tous s’accordent sur le fait que nous pouvons être malades un jour. Il en est de même pour la santé mentale. Donc, nous préférons aborder les choses sous l’angle de la santé et non de la maladie. 

La seconde nuance est le rapport établi entre la violence et la santé mentale. Dans le livre «Les troubles mentaux en milieu de travail et dans les médias de masse», les auteurs Dorvil, Kirouac et Dupuis y mentionnent que moins de 3% des actes violents sont commis par des personnes ayant un trouble mental, mais qu’en revanche, de 75 à 90% d’entre eux sont beaucoup plus à risque d’en être victimes. Il est d’autant plus important de faire la différence.

L’APUR demeure persuadée que la grande majorité des personnes ayant vécu ou qui vit avec une problématique de santé mentale est en parfaite harmonie dans son milieu social, et ce, de façon très équilibrée. Il est fort dommage et déplorable que des actes de violence isolés, et même extrêmement tragiques, englobent dans la vague plusieurs individus qui sont souvent stigmatisés et qui ont soit peur de parler de leur santé mentale, ou encore pire, peur de demander de l’aide.

Nous terminons en mentionnant l’effort du gouvernement provincial pour les sommes versées et nous invitons quiconque en ressent le besoin de demander de l’aide sans peur ni gêne. Une panoplie d’organismes et de services sont là pour vous.

Bonne santé mentale à tous.