Depuis l'élection de Donald Trump, le Ku Klux Klan et d'autres groupes partageant les mêmes idéaux ont connu une résurgence marquée. Ci-dessus, un rassemblement à Cleveland au Michigan en 1999.

La recrudescence du racisme aux États-Unis

CHRONIQUE / En juin 2015, Dylan Roof, un jeune suprématiste blanc, a tué neuf Afro-Américains dans une église de Charleston, en Caroline du Sud. Ce massacre a lancé un mouvement de retrait des drapeaux confédérés et des monuments célébrant la cause sudiste dans des places publiques. Partout dans le Sud, les autorités locales ont lancé un processus de démantèlement des symboles confédérés. Mais ce processus ne survint pas sans heurts.
Les États de la Caroline du Nord et de la Virginie sont secoués depuis trois mois par des manifestations de membres des Loyaux Chevaliers blancs du Ku Klux Klan. Certains membres, armés, habillés de robes du Klan et portant des torches et des drapeaux confédérés, rabâchent des chansons sur le « pouvoir blanc ».
Ces membres du Klan, dans une volonté manifeste d'attirer l'attention publique, se prévalent du 1er amendement américain qui garantit le droit à toute personne d'exprimer librement ses idées, dont celui de manifester.
Un premier objectif du Klan est clair : empêcher les autorités locales de démanteler les monuments confédérés. Un deuxième but est tout aussi évident : inculquer la peur dans les groupes minoritaires par une attitude d'intimidation. Et finalement, une dernière intention perceptible est recherchée : augmenter l'adhésion au Klan.
Confrontées au début de juillet à Charlottesville, en Virginie, par un millier de contre-manifestants antiracistes, les membres du Klan demeurèrent inflexibles dans leur détermination de préserver l'héritage culturel et historique du Sud. Ces échauffourées firent plusieurs blessés et menèrent à une vingtaine d'arrestations. Les forces policières durent recourir au gaz lacrymogène pour éviter une confrontation plus grave et escorter en toute sécurité le groupe haineux hors de la région.
Le Klan est un mouvement suprémaciste blanc qui a vu le jour en 1866 et qui s'est démarqué particulièrement par son idéologie intolérante, haineuse et exclusive. Dans sa promotion d'une Amérique blanche et chrétienne; le Klan eut recours systématiquement à la violence raciale marquée par des milliers de lynchages et de meurtres.
Depuis un demi-siècle, le nombre d'adhérents au Klan n'a cessé de diminuer. De 40 000 en 1970, ils ne sont plus que 6000 aujourd'hui. Si le mouvement a été marginalisé depuis 50 ans, il connait néanmoins une résurgence évidente.
Nationalisme blanc
Le nationalisme blanc a indéniablement pris de l'importance avec l'arrivée au pouvoir de Barack Obama. Toutefois, les partisans de la supériorité blanche durent attendre la campagne présidentielle de Donald Trump. Ce dernier leur a donné l'espace politique nécessaire pour légitimer leur discours raciste. En misant sur les préjugés racistes, xénophobes et bigots de nombreux Américains, Trump a réussi à faire le plein de personnes opposées au multiculturalisme ou qui se sentent comme des laissés-pour-compte de la mondialisation.
En se présentant comme le champion d'une Amérique fondamentalement blanche, la candidature de Donald Trump a électrifié l'extrême droite américaine. Non seulement il a vilipendé les immigrants mexicains comme des trafiquants de drogue et des violeurs, mais il a rassuré les suprématistes en affirmant faussement que les Afro-Américains étaient responsables de 80 % des meurtres de blancs. Aussi, le Klan a embrassé vigoureusement la candidature de Trump.
Durant la seule année 2015, le nombre de chapitres ou groupes affiliés au Klan aux États-Unis est passé de 72 à 190, soit une augmentation de 164 %. Il s'est même étendu hors du Sud. Par exemple, la branche du Klan à Long Island compte maintenant 700 membres.
La réaction à la victoire de Trump fut extatique au sein de l'extrême droite. Aussi étonnée de son élection que la caste dirigeante, la droite extrémiste s'empressa de célébrer. L'élection de Trump a rendu plus acceptable le nationalisme blanc comme courant politique. En conséquence, non seulement le Klan, mais aussi une variété de groupes partageant des idéaux similaires au Klan, ont connu une résurgence.
Durant la seule année 2016, le Klan a élargi sa campagne de publicité de 14 à 26 États. Par exemple, plus de 250 suprématistes blancs se sont réunis le 20 novembre 2016 au bâtiment fédéral de Ronald Reagan à Washington pour souligner la victoire de Trump. Certains ont alors même élevé les bras en faisant le salut nazi.
Si l'élection de Trump a énergisé des groupes comme le Klan, elle a aussi stimulé un grand nombre de groupes de néonazis qui partageaient des sympathies anti-musulmanes, anti-LGBT et suprémacistes blanches. Ces groupes sont aussi diversifiés qu'Identity Evropa, VDare, Daily Stormer, Counter Currents, Right Stuff, American Vanguard, Stormfront, Aryan Nationalist Alliance, Aryan Strikeforce et Nationalist-Socialist Movement.
Dans le sillage de la victoire de Trump, les graffitis de swastikas dans les écoles, les railleries racistes dans les médias sociaux et autres attaques motivées par la haine se sont multipliées. La Southern Poverty Law Center a catalogué 1094 crimes haineux dans les 34 premiers jours qui ont suivi l'élection de 2016. Depuis, le nombre d'incidents racistes ne cesse de croître.
Depuis 1945, les États-Unis ont fait des pas de géants pour développer une société multiraciale et multiculturelle. L'élection de Donald Trump montre le caractère précaire de l'engagement américain pour la diversité sociale et la justice raciale. Décidément, c'est un combat perpétuel, jamais victorieux et toujours à recommencer.
Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS