Pour garder le rythme et attirer d’autres entreprises, Sherbrooke Innopole planche même sur un projet de nouveau parc industriel d’ici trois à cinq ans.

La recette

La concertation et une stratégie de développement en place depuis 2010 : voilà grosso modo la recette gagnante de Sherbrooke Innopole qui a permis à la région de connaître en 2018 une deuxième année record pour les investissements dans les « filières-clés » Industrie manufacturière et fabrication de pointe et Technologies propres.

En dépit de la pénurie de main-d’œuvre dans plusieurs secteurs d’activité, les entreprises sherbrookoises ont investi 223 millions $ en innovation, expansion, productivité, R&D et équipements, créant 1128 nouveaux emplois, un bond de 6 %.

Il s’agit de près du double du nombre d’emplois créés en 2017, année caractérisée par un premier record en investissements de 210                              millions $.

S’il est vrai que le Québec en général tire bien son épingle du jeu avec un taux de croissance de 2,3 %, de janvier 2018 à janvier 2019, la région de Sherbrooke récolte en quelque sorte ce qu’elle a semé au cours des dernières années, croit Josée Fortin, directrice générale de Sherbrooke Innopole.

« On a une stratégie et on a beaucoup travaillé avec la Ville de Sherbrooke pour créer des conditions favorables avec le prolongement du boulevard de Portland depuis 2016 et le nouveau parc industriel régional (près de l’autoroute 10) (…) » dit-elle.

« Cela a permis à des entreprises de Sherbrooke de prendre de l’expansion et d’en attirer d’autres de l’extérieur, comme Soprema », ajoute Mme Fortin.

Et, pour l’heure, le protectionnisme américain ne pénalise pas les entreprises des « filières-clés » de la région.

En fait, le taux de change avec le dollar américain leur est favorable et celles-ci exportent plus que jamais aux États-Unis.

Pour garder le rythme et attirer d’autres entreprises, Sherbrooke Innopole  planche même sur un projet de nouveau parc industriel d’ici trois à cinq ans.

La pénurie de main-d’œuvre, alors que des milliers d’emplois sont à pourvoir en Estrie, continue toutefois d’être un enjeu de taille pour les entreprises d’ici. 

La lutte au décrochage scolaire, la formation et le développement des compétences, la rétention des diplômés et la fidélisation de la main-d’œuvre sont le défi des années à venir.

Décourageant

Bon nombre d’habitués de La Tribune ont dû sourciller à la lecture de l’article de jeudi dernier de notre collègue Marie-Christine Bouchard sur le temps moyen d’attente de 586 jours pour les cas non urgents en urologie, de 324 jours en gastroentérologie et de 394 jours pour un ORL au CIUSSS de l’Estrie.

Idem lorsque l’on apprend que le temps d’attente dans les urgences de la province a augmenté de 30 minutes en 2018-2019 pour atteindre 14 h 11 min en moyenne, selon les dernières données du ministère de la Santé.

Ce sont évidemment deux problèmes distincts, mais il n’en est pas moins décourageant que l’on en soit là après des années de réorganisation du système de santé, d’investissements massifs dans des « super-hôpitaux » et d’augmentations de la rémunération des médecins et des spécialistes.

Malheureusement, les problèmes au CIUSSS de l’Estrie semblent dus à un phénomène beaucoup plus terre-à-terre qui touche l’ensemble du Québec : le manque de médecins spécialistes et le fait que ces derniers ont de nombreuses tâches à accomplir outre leur travail en clinique externe. 

Dans la province, par exemple, seuls 162 postes sur 180 sont occupés en urologie, explique André Lortie, directeur adjoint aux services professionnels.

Des plans d’action sont en place, dit-on, mais il faudra sans doute aussi attirer davantage d’étudiants dans les spécialités en manque de main-d’œuvre et mieux intégrer les spécialistes de l’étranger qui doivent se soumettre à un laborieux processus pour se qualifier et que plusieurs jugent trop restrictif.

Et ça risque de prendre des années.