Dr Yves Bolduc

La prime du Dr Bolduc

Depuis plusieurs jours, le débat sur la prime de 215 000 $ obtenue par le Dr Yves Bolduc alors qu'il était à la fois député et médecin praticien irrite la sensibilité exacerbée des citoyens.
Depuis plusieurs décennies, le Législateur a interdit le cumul de fonctions aux détenteurs de charges publiques. Ainsi, depuis 1874, un député ne peut plus siéger à la fois aux parlements provincial et fédéral, comme ce fut longtemps le cas, et depuis 1980, un membre d'un conseil municipal ne peut pas voir aux destinées de sa ville et être député en même temps. En 1982, cette interdiction a été élargie aux commissaires d'école.
La sagesse derrière cette interdiction est simple à comprendre : représenter efficacement ses électeurs et participer aux débats sur le devenir de sa société, ce n'est pas un titre honorifique. C'est un engagement profond qui ne doit pas risquer de placer l'élu entre deux chaises lorsque des politiques sont élaborées et que des décisions sont prises.
De tout cela, on doit comprendre que le Législateur, sans le dire explicitement, souhaitait que, du moins pour les élus aux Parlements, ces derniers n'aient pas d'autre occupation professionnelle que celle de député.
Suivant cette perspective, le Dr Bolduc a agi en contravention avec l'ensemble des décisions provinciales et fédérales historiques relatives aux élus. Si, comme le Dr Amir Khadir, il avait voulu exercer minimalement la médecine pour ne pas perdre son droit de pratique, il aurait eu de nombreuses occasions de le faire sans prêter flanc à la critique et sans profiter des ressources de l'État autrement que par la juste rémunération de ses actes médicaux.L'autre perspective qu'il faut avoir, c'est que l'incitation à la prise en charge de patients par les médecins, à supposer qu'elle soit une bonne solution, n'a pas de bon sens dans la forme où elle a été mise en place au moment où le Dr Bolduc était lui-même ministre de la Santé, et ce, pour au moins deux bonnes raisons :1) Une prise en charge sécurisante pour les citoyens doit être enracinée dans le long terme et non pas sur 12 mois. De ce fait, toute prime aurait dû être au moins étalée sur une longue période de temps;
2) Lors du « printemps érable », il y a eu un profond débat de société quant aux coûts de la formation universitaire; ce débat s'est engourdi depuis lors, mais il semble bien que, malgré des frais d'études relativement bas, même dans le système actuel, plusieurs praticiens de la médecine trouvent normal d'être payés en surplus pour l'exercice de la profession pour laquelle l'ensemble de la société a largement contribué. C'est indécent et, de surcroît, une telle attitude est un affront direct au « petit » personnel hospitalier qui, constamment et pour de multiples raisons, doit effectuer des heures supplémentaires sans en avoir vraiment le choix, et sans avoir toutes les échappatoires des médecins pour réduire l'impôt prélevé sur leurs revenus.
Daniel Faucher
Eastman