Les ouragans Harvey et Irma ont établi des records en produisant des quantités de pluie sans précédent dans leur sillage dans les Caraïbes et sur les côtes américaines.

La politique de l'autruche du Parti républicain

ANALYSE / Les ouragans Harvey et Irma ont établi des records en produisant des quantités de pluie sans précédent dans leur sillage dans les Caraïbes et sur les côtes américaines. L'ouragan Harvey, avec ses 33 trillions de gallons d'eau, a déversé la plus grande quantité de pluie de l'histoire américaine. Harvey a établi un record de précipitations de 127 cm, saturant ainsi le Texas et la Louisiane. Entre-temps, Irma représenta un méga ouragan couvrant une superficie aussi large que le Texas. Survenant une semaine plus tard, Irma, avec des vents de 300 km, constitue le plus grand orage jamais mesuré dans l'Atlantique.
Les précipitations générées par ces deux tempêtes furent telles que les météorologues américains ont dû ajouter de nouvelles couleurs à leurs cartes de précipitations. Plus encore, pour la première fois en 166 ans de registre sur les ouragans, les États-Unis furent frappés dans la même année par deux ouragans catastrophiques de catégorie 4.
Selon de nombreux scientifiques, ces deux tempêtes ont été si exceptionnelles qu'elles représentent des événements ne pouvant survenir qu'une fois tous les 500 ans. Pourtant, ils avaient dit en 2005 la même chose concernant la probabilité qu'un ouragan comme Katrina puisse frapper La Nouvelle-Orléans.
En plus des inondations dévastatrices causées par Harvey et Irma, les États-Unis connaissent depuis le début de 2017 la pire saison de feux de forêt de leur histoire, avec plus de 100 feux dans le nord-ouest qui ont déjà détruit plus de deux millions d'acres. Tous ces événements sont, selon les scientifiques, exacerbés par le réchauffement climatique, d'autant plus que ces catastrophes naturelles surviennent partout sur la planète.
Depuis la tenue régulière des températures mondiales en 1880, celles-ci n'ont jamais été aussi élevées. Or, cette croissance s'est accentuée depuis 1990. Les ouragans ont besoin pour se former d'une température de 26,5 Celsius. Le transfert de la chaleur de la surface de la mer agit alors comme un énorme moteur qui génère des vents forts et des pluies abondantes. Ce processus est amplifié par le réchauffement climatique.
Pour chaque degré Celsius d'augmentation des températures de la mer, l'atmosphère doit absorber 7 % de plus de vapeur d'eau. Or, la température de la mer pourrait augmenter de deux degrés Celsius d'ici 2100. La situation risque donc de devenir apocalyptique.
En effet, le réchauffement climatique ne provoque pas les ouragans ou les feux de forêt. Mais il amplifie ces perturbations météorologiques. Pour les scientifiques du climat, il ne fait pas de doute que l'élévation du niveau des océans et la montée des températures de la surface de la mer, résultat du réchauffement climatique, ont comme effet d'intensifier les tempêtes comme Katrina, Harvey ou Irma.
Déjà en 2012, Donald Trump déclarait que le réchauffement climatique était un mythe créé par les Chinois pour rendre les industries américaines moins compétitives. Lors de la dernière campagne présidentielle américaine, il a rejeté les conclusions des scientifiques du climat sur prétexte que celles-ci allaient restreindre la croissance des entreprises américaines. En conséquence, il s'engagea à dénoncer l'accord de Paris.
Toutefois, la faute ne repose pas seulement sur l'administration Trump. Tout le parti républicain depuis plus de quarante ans refuse de reconnaître l'existence du changement climatique. Pour les républicains, les événements comme Harvey ou Irma ne sont que des accidents météorologiques. Cette attitude anti-scientifique fait partie de l'orthodoxie républicaine. Et il y a une bonne raison pour cela.
Les grandes compagnies américaines impliquées dans l'extraction du charbon, du gaz naturel et du pétrole contribuent largement à la caisse électorale du parti. Ces compagnies ont versé plus de 500 millions de dollars en 2016 aux membres du Congrès, 90 % allant à des candidats républicains.
D'ailleurs, le soutien politique au Parti républicain se retrouve dans les États qui sont impliqués largement dans l'économie des combustibles fossiles et dont l'électricité consommée est largement produite à partir du charbon. Ainsi, Trump a remporté huit des dix États qui produisent le plus de charbon. Plus encore, Trump a également gagné dans 28 des 34 États dont la production de l'électricité dépend du charbon. Par contre, Clinton a gagné dans 14 des 16 États qui dépendent le moins du charbon pour leur production d'électricité.
Un modèle similaire s'applique pour l'industrie du gaz et du pétrole. Trump a remporté 13 des seize États produisant le plus de gaz naturel. De même, il l'emporta dans 21 des 25 États produisant le plus de pétrole.
Ainsi, alors que Trump triomphait dans 20 des 21 États produisant le plus d'émissions de carbone par habitant, Clinton remporta 15 des 18 États qui émettent le moins de carbone par personne.
La même cassure se retrouve au sein du Congrès : 32 des 40 sénateurs dans les 20 États ayant le taux d'émissions de carbone le plus élevé par personne sont républicains. Par contre, les démocrates contrôlent les 18 États ayant le plus faible taux d'émissions, avec 29 des 36 postes de sénateurs.
Harvey et Irma représentent deux événements viscéraux pour les gens qui en ont été touchés. Ces deux ouragans, frappant la Floride et le Texas, ont laissé des cicatrices profondes dans deux des plus grands États républicains du pays. Espérons que ces tempêtes incitent certains républicains à repenser leur positon sur le changement climatique, d'autant plus que d'autres importants ouragans menacent de nouveau les États-Unis.
Gilles Vandal est professeur émérite à l'École de politique appliquée de l'UdeS