«La nature rend heureux, tous le reconnaissent. Se promener dans la nature provoque un sentiment de bien-être, de calme et d’apaisement. En cette période de pandémie, y avoir accès de manière sécuritaire n’est certes pas un luxe, mais plutôt une nécessité de la vie.»
«La nature rend heureux, tous le reconnaissent. Se promener dans la nature provoque un sentiment de bien-être, de calme et d’apaisement. En cette période de pandémie, y avoir accès de manière sécuritaire n’est certes pas un luxe, mais plutôt une nécessité de la vie.»

La pilule nature

Marie-Josée Auclair
Biologiste et présidente du conseil d’administration du Corridor appalachien
OPINION/ La nature rend heureux, tous le reconnaissent. Se promener dans la nature provoque un sentiment de bien-être, de calme et d’apaisement. En cette période de pandémie, y avoir accès de manière sécuritaire n’est certes pas un luxe, mais plutôt une nécessité de la vie. L’air, le soleil, la verdure restaurent le moral, notamment chez les gens affectés par la dépression saisonnière. Être en contact avec la nature et la contempler incite à plus de pensées positives et réduit la morosité1. Et que dire des bienfaits de l'activité physique à l’extérieur? Toutefois, les avantages de s’immerger dans la nature ne se limitent pas qu’à un équilibre physique et psychologique.

De récentes recherches en neurosciences révèlent que la nature réduirait les risques de développer des troubles neurologiques ou psychiatriques[1]. Les bienfaits de la nature sur la santé du cerveau sont démontrés et ce, dès le plus jeune âge. Des chercheurs danois[2] ont observé une proportion plus élevée de maladies psychiatriques (dépressions, troubles anxieux, schizophrénie) en milieu urbain. L’environnement urbain comporte des facteurs de stress importants : pollutions, agressions visuelles et auditives. Les enfants qui y grandissent auraient 55 % plus de risques de développer de tels troubles.  Par ailleurs, les activités effectuées dans un cadre de verdure en plein air atténueraient les symptômes des enfants atteints de troubles de l’attention/hyperactivité (TDAH) (inattention, manque de concentration, impulsivité), comparativement à des activités menées à l’intérieur ou dans des espaces extérieurs urbains.

Les études révèlent aussi qu’être en contact avec la nature réduirait les hormones du stress[3]qui sont la cause de nombreuses maladies[4]dont celles reliées au cœur[5]. Par exemple, lorsque nous ressentons un danger, le cortisol sécrété par les glandes corticosurrénales est libéré dans le sang pour permettre au corps de réagir. Après que la menace soit passée, les niveaux de cortisol devraient revenir à la normale. Cependant, la société moderne nous expose à de nombreux stress, surtout dans le contexte actuel de la COVID-19, et les niveaux de cortisol peuvent demeurer élevés.

Il suffirait d’une exposition de 20 à 30 minutes par jour, 3 fois par semaine pour réduire le niveau de cortisol dans le sang de plus de 20 %[6]. Et après une plus longue immersion, les avantages s’accumulent. Observer les éléments naturels comme la végétation et l’eau aurait ainsi un effet restaurateur pour l’organisme, suscitant le calme et diminuant l’état d’alerte généré par une situation de stress[7].

Depuis l’éclosion de la COVID-19, une grande portion de la population canadienne (61 %) se rapproche davantage des milieux naturels[8]. Pour les citadins en quête d’un tel ressourcement, un trésor inestimable se situe à seulement une heure et demie de route au sud de Montréal et des grands centres urbains. La Réserve naturelle des Montagnes-Vertes (RNMV) permet justement de brancher les gens à la nature. Cet immense territoire montagneux des Appalaches du sud du Québec comprend des forêts anciennes et une mosaïque d’écosystèmes forestiers, ce qui lui confère une richesse écologique exceptionnelle. Et des panoramas spectaculaires ! 

Un joyau de la biodiversité 

Les grands massifs forestiers de la RNMV contribuent certes à la beauté des paysages, mais ils jouent également un rôle crucial pour la pérennité de plusieurs espèces animales et végétales. Les traces d’ours et d’orignal témoignent de leur présence et les couleuvres, les grenouilles et les buses sont dans les parages. Dans cette grande variété d’habitats, des centaines d’espèces animales et végétales, dont une trentaine en situation précaire, y trouvent refuge :  la paruline du Canada et la grive de Bicknell nichent dans les sapinières en altitude et différentes espèces de salamandre profitent des eaux cristallines des nombreux ruisseaux. La réserve abrite plusieurs oiseaux de proie, notamment la chouette rayée, le faucon pèlerin et la petite buse ainsi que 80 espèces d'oiseaux nicheurs. Elle compte également près de 20 espèces de plantes vulnérables, comme la dentaire à deux feuilles, l'uvulaire grandiflore et l'adiante du Canada. Ce vaste territoire est propice aux mammifères à grand domaine vital, tels que l’orignal, le lynx roux, l’ours noir et le pékan.

Propriété de l’organisme Conservation de la Nature Canada (CNC) depuis 2001, la Réserve naturelle des Montagnes-Vertes englobe les deux tiers du vaste massif des monts Sutton et chevauche les municipalités de Sutton, Potton et Bolton-Ouest. Avec ses 74 km2 , ce massif est une pièce majeure dans le grand corridor naturel reliant les monts Sutton aux montagnes Vertes du Vermont et constitue l’une des plus grandes aires de conservation privées au Québec.

Pour la pérennité de la vie!

Corridor appalachien est le gestionnaire de la RNMV et favorise l’accès à la réserve, tout en protégeant l’intégrité écologique des lieux. Cet organisme œuvre avec les groupes locaux de conservation et les propriétaires terriens pour protéger les milieux naturels des Appalaches dans le sud du Québec. Plusieurs activités non motorisées (randonnée, ski de fond, raquette) y sont permises mais seulement aux endroits appropriés. Une belle réussite de conciliation de conservation du territoire et de partage durable des usages !

Les 15 km de sentiers de la RNMV, jalonnés de panneaux d’interprétation de la nature, sont reliés à un réseau global de 135 km, formé par ceux des Sentiers de l’Estrie, du Parc d’environnement naturel de Sutton (PENS) et de la Fiducie foncière de la vallée Ruiter.

Dans la réserve naturelle, trois parcours comblent les attentes de tous les types de randonneurs. Le sentier Découvertes forme une boucle de 4,6 km convenant à toute la famille et permet d’observer une flore diversifiée et un véritable «complexe» d’étangs de castors. Le sentier Étang parcourant 8,5 km de chemins forestiers, offre une balade en forêt et mène à l’étang Fullerton, lieu idéal pour le pique-nique et la détente au bord de l’eau. Les plus aguerris emprunteront le sentier Sommets, une boucle de 14,5 km, d’un dénivelé de 528 m, qui offre des points de vue époustouflants sur la vallée entre Sutton et Potton. Du sommet du mont Singer, on découvre l’enfilade de cimes: sommet Rond, mont Gagnon et mont Écho.

Ces promenades en pleine nature contribuent à lutter contre le stress tout en améliorant le bien-être. Et les gens stressés sont nombreux, surtout en temps de pandémie. Mais, pour obtenir tous les bénéfices de cette « pilule nature », il convient de mettre son téléphone en mode pause.

Sites web :

https://rnmv.ca

www.parcsutton.com

www.lessentiersdelestrie.qc.ca

www.valleeruiter.org

Sources :

[1] Comment la nature fait du bien à notre santé mentale. Une balade de 90 minutes dans la nature impacterait positivement le cerveau, ont démontré des chercheurs. Une nouvelle bonne raison de se mettre au vert! Par Sophie Bartczak

[2] LES BIENFAITS DE LA NATURE SUR LE CERVEAU, publié le 29 juin 2020, file:///Users/marie-joseauclair/Desktop/Santé%20mentale%20et%20Nature%20/Les%20bienfaits%20de%20la%20nature%20sur%20le%20cerveau%20-%20Fédération%20pour%20la%20Recherche%20sur%20le%20Cerveau%20(FRC).webarchive 

[3] Residential green space in childhood is associated with lower risk of psychiatric disorders from adolescence into adulthood. Engemann et al., PNAS, 25 février 2019 

[4] https://www.passeportsante.net/fr/Actualites/Nouvelles/Fiche.aspx?doc=nature-hormones-stress

[5] https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/28760-Une-petite-dose-nature-diminue-stress-urbains

[6] Martin Juneau, directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal. La Presse 3 octobre 2020. LE STRESS CHRONIQUE, UN « MAUVAIS COCKTAIL » POUR LE CŒUR.

[7] Sonia Lupien, chercheure en neurosciences, directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal et professeure titulaire au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal. Entrevue radiophonique, Pénélope McQuade, ICI  Première, 1er septembre 2020.

[8] https://www.sageglass.com/fr/visionary-insights/theorie-reduction-stress-nature-sante

[9] https://www.ilinationhood.ca/wp-content/uploads/2020/07/FR_IBCC-ILI-June-Poll-Key-Findings.pdf