Le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau

La péréquation, querelle stérile

ÉDITORIAL / Le thème de la péréquation est revenu sur le tapis et encore une fois, le Québec est pointé du doigt. C’est facile et pas toujours justifié. Mais la rengaine reprend à chaque fois.

Dimanche, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, a révélé que cinq provinces se partageront les 19,8 milliards $ récoltés en vertu de la péréquation.

Toutes les provinces mettent de l’argent dans un pot central. Celles dont la capacité de générer des revenus d’impôt traîne de la patte, encaissent. L’objectif est que toutes les provinces présentent des niveaux raisonnablement comparables de taxation.

La formule est compliquée. Elle intègre des dizaines d’indicateurs économiques, et est basée sur les trois années qui précèdent. En 2019, Ottawa récoltera 19,8 milliards $ (+ 880 millions $) qu’il redistribuera ainsi : l’Île-du-Prince-Édouard 449 millions $, la Nouvelle-Écosse 2 milliards, le Nouveau-Brunswick 2 milliards, le Manitoba 2,3 milliards et le Québec 13,1 milliards (+ 1,4 milliard). L’Ontario en a reçu entre 2009 et 2018, mais est repassé dans le camp des provinces « riches ».

Une fois de plus, ces provinces se plaignent de la péréquation et des milliards qu’encaisse le Québec.

Étonnamment, elles ne chignent pas contre les autres provinces, qui reçoivent davantage que le Québec par tête de pipe. Les sommes sont par habitant, et comme le Québec est la province la plus peuplée au Canada, après l’Ontario, le montant qu’il reçoit paraît gonflé.

« La péréquation est un programme incroyablement injuste et inéquitable », avise Scott Moe, le premier ministre de la Saskatchewan. Du côté de l’Alberta et de Terre-Neuve, ils ont plaidé pareil. « On voit des hausses (de paiement) à des provinces qui ont un budget équilibré, pendant que notre province continue d’être aux prises avec des déficits », a déploré le ministre des Finances de Terre-Neuve, Tom Osborne.

M. Moe a écrit au premier ministre du Canada, Justin Trudeau, pour l’encourager à modifier la formule de financement. Cette mécanique doit être révisée en 2019-2020, à la fin de la période normale de cinq ans.

Le ministre Morneau a signifié qu’il n’y avait pas d’intérêt pour une révision de la péréquation pour les quatre prochaines années.

L’un des grands adversaires de la péréquation est le chef conservateur de l’Alberta, Jason Kenney, qui propose même de tenir un référendum sur la question s’il est élu. Mais ce n’est qu’un appel au populisme qui ne réglerait rien. D’ailleurs, M. Kenney n’était pas contre la péréquation du temps qu’il était ministre fédéral sous Stephen Harper... Autre temps, autres mœurs. Il en veut au Québec, mais omet de spécifier le taux d’imposition dans la Belle Province, ainsi que la présence de la TVQ — qui n’existe pas en Alberta.

À écouter l’Alberta, c’est comme s’ils envoyaient des milliards directement au Québec... ce qui n’est tout simplement pas le cas. Un autre cas de populisme de bas étage. Quant au refus du Québec de voir un pipeline faire traverser « l’énergie sale » de l’Alberta, c’était une réponse directe à ce populisme. La phrase était choc, mais révélait la pensée d’une majorité de Québécois. Ce n’est pas chic de le dire ainsi, et le Québec, comme l’Alberta, devrait chercher des manières de s’entendre plutôt que des façons de se crêper le chignon...

Les provinces ne peuvent changer la mécanique de la péréquation, seul Ottawa peut le faire. Comme le fédéral n’a pas d’appétit pour le faire, la question est close. Ce qui n’empêche que des provinces réclament des modifications à qui mieux mieux...