La part du gâteau

ÉDITORIAL / À moins de huit mois de la légalisation de la marijuana récréative, il est urgent que le gouvernement du Québec fasse connaître la part des revenus de la taxe d’accise fédérale sur cette drogue qu’il entend partager avec les municipalités.

Celles-ci, après tout, hériteront d’une bonne partie des coûts liés à la sécurité et à la santé publiques, notamment pour la formation des policiers, l’achat des appareils pour détecter la présence de cannabis chez les conducteurs et les services de sécurité en incendie pour les inspections et la prévention.

Le gouvernement fédéral a annoncé il y a quelques jours qu’il cédera aux provinces 75 pour cent des revenus de la taxe d’accise perçue sur la vente de cannabis légal, mais il laisse aux provinces le soin de déterminer la part qu’elles verseront aux villes.

Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitäo, qui s’attend à recevoir 60 millions $ par année du fédéral, s’est limité jusqu’ici à dire qu’il entend discuter du partage avec le monde municipal. Sans plus.

L’Union des municipalités du Québec demande un partage à parts égales de la taxe d’accise entre le fédéral, le provincial et le municipal.

Elle demande également que la part municipale soit remise directement aux municipalités selon le modèle du transfert de la taxe sur l’essence.

La facture s’annonce salée pour les municipalités : selon la Fédération canadienne des municipalités (FCM), l’encadrement de la légalisation de la marijuana coûtera entre 210 et 350 millions $ par année pour l’ensemble des villes canadiennes.

La décision très politique du gouvernement Trudeau de légaliser la marijuana récréative à compter du 1er juillet 2018, une promesse électorale, malgré les mises en garde du monde médical, a obligé les provinces à composer avec un calendrier très serré pour encadrer la vente, la distribution et la consommation de cette drogue.

Plusieurs provinces, dont le Québec, avaient demandé à Ottawa de reporter la légalisation d’un an, mais en vain.

Le gouvernement du Québec a déposé il y a peu un projet de loi qui prévoit notamment que l’achat, le transport, l’entreposage et la vente de cannabis seront effectués par la Société québécoise du cannabis, une filiale de la Société des alcools du Québec. La province entend également imposer sa taxe de vente pour le cannabis.

Qu’elles le veuillent ou non, les municipalités hériteront de nouvelles responsabilités avec la légalisation du cannabis et il est essentiel que Québec et Ottawa leur donnent le moyen de les assumer.

Double défaite

La défaite quasi inimaginable du candidat républicain Roy Moore au Sénat en Alabama, mardi soir, contre le démocrate Doug Jones, constitue une double défaite pour le président Donald Trump.

Non seulement elle réduit la marge de manœuvre des républicains au Congrès, mais elle constitue aussi un camouflet à leur endroit.  

La victoire de M. Jones dans cet État traditionnellement républicain envoie aussi un message encourageant aux démocrates à moins d’un an des élections de mi-mandat, eux qui ne s’étaient pas encore remis de la défaite de Hillary Clinton à la présidentielle de 2016.

Il faut dire que l’affaire était un peu tordue dès le départ.

Roy Moore, un ancien magistrat, chrétien et ultraconservateur de 70 ans, est visé par des allégations d’inconduite sexuelle sur des mineures dans les années 70, mais avait néanmoins l’appui de M. Trump, contre qui pèse également des allégations de comportements sexuels déplacés. Ça ne s’invente pas !

Est-ce la victoire de la « décence », comme l’a dit le sénateur républicain, Jeff Flake, un ras-le-bol des électeurs devant la multiplication des cas de harcèlement sexuel contre des femmes dans les médias ou le début d’un mouvement de rejet des républicains ?

Les élections de mi-mandat en novembre 2018 le diront peut-être.