La montée d'une résistance dans la société civile

ANALYSE / Si Trump est adulé par la droite américaine, il est considéré comme représentant le plus grand défi à la démocratie libérale américaine par les secteurs progressistes de la société. On lui reproche dans les milieux libéraux non seulement de mettre en danger l’indépendance du système judiciaire, mais aussi de diaboliser la presse et de louanger régulièrement les dirigeants étrangers autoritaires.

Non seulement ses partisans, mais aussi d’éminents spécialistes soutiennent que Trump n’est pas un fasciste, mais un populiste de droite. Par contre, on retrouve aussi des membres de son propre parti, comme le sénateur Jeff Flake, qui n’hésitent pas à le comparer à Staline pour ses attaques contre la presse. Or, Staline représente un des plus grands dirigeants autoritaires que l’histoire ait connu.

Si la société américaine est divisée à savoir qui est le vrai Donald Trump, alors que la droite le célèbre comme son héros et le considère comme un patriote authentique, les groupes libéraux et de gauche recourent à une série d’épithètes pour le caractériser et décrire le trumpisme. Ces épithètes vont d’un leader fasciste, autoritaire, démagogue, kleptocrate, populiste de droite, nationaliste blanc, etc.

Ce débat est important parce qu’il révèle comment les États-Unis sont secoués par des inquiétudes sur l’avenir de leur démocratie. Bien des gens sont inquiets, parce qu’ils ont peur d’une dérive vers une tendance autoritaire. Aussi, beaucoup de groupes se forment et se mobilisent pour défendre leur vision de la démocratie américaine contre ce qu’ils considèrent comme de graves empiètements.

Les critiques libérales de Trump notent que les États-Unis ont déjà connu des périodes d’intolérance, d’illibéralisme, de racisme et d’oppression comme la peur rouge de 1919, le maccarthysme du début des années 1950, et encore plus avec l’esclavage et la ségrégation raciale. Les États-Unis ont aussi procédé à du nettoyage ethnique et à l’internement dans des camps de concentration d’Américains d’origine japonaise.

Les États-Unis ne sont donc pas protégés par une sorte de recette magique d’une dérive vers l’autoritarisme. En regardant le passé, en écoutant les propos xénophobes de Trump et en examinant attentivement les politiques de son administration, plusieurs de ces critiques croient qu’il y a matière à être vraiment préoccupé sur l’avenir de la démocratie américaine.

C’est dans cet esprit que non seulement les médias libéraux, mais aussi les associations de défenses des droits civils comme la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People) qui travaillent à la défense des droits des Afro-Américains depuis plus d’un siècle s’opposent ouvertement à rhétorique xénophobe de Trump et luttent pour la préservation des droits civils, plus particulièrement ceux des Afro-Américains.

Fondé en 1966, dans la foulée du mouvement des droits civiques, le Centre pour les droits constitutionnels (CCR) se consacre à promouvoir et à protéger les droits garantis par la Constitution américaine. Organisation à but non lucratif, le centre joue un rôle à la fois juridique et éducatif afin de représenter une force de changement social. C’est donc dire que le travail ne lui manque pas depuis l’élection de Trump.

Œuvrant à New York, le CCR est spécialisé dans les litiges constitutionnels à long terme. Mais depuis janvier 2017, le CCR a mobilisé ses énergies à défier les interdictions mises en place par l’administration Trump. La direction du CCR a choisi des luttes loin des caméras, n’hésitant pas à porter plainte auprès de l’inspecteur général pour la sécurité concernant les abus contre des personnes arrêtées à qui on avait refusé le droit d’avoir un avocat et qui furent détenues pendant des heures sans nourriture.

Fondé en 1920, l’ACLU (American Civil Liberties Union) forme le plus grand bureau d’avocats impliqué dans la défense de causes d’intérêt public aux États-Unis. Il possède plus de 300 avocats qui plaident à Washington et New York et dans les différentes autres cours du pays.

L’ACLU dépose des plaintes et plaide devant toutes les cours, prépare des mémoires et témoigne devant le Congrès, organise et mobilise les gens pour des manifestations publiques, etc. Confronté aux ordres exécutifs de Trump visant à interdire l’immigration musulmane, l’ACLU fut au cœur du mouvement de résistance.

L’entrée de Trump dans la course présidentielle américaine a eu effet direct sur l’ACLU. En 2015, l’ACLU ne recevait que 3,5 millions de dons en ligne. En moins de trois mois après les élections, l’ACLU avait reçu 79 millions de dons en ligne. De 138 millions en 2016, son budget dépassa les 274 millions en 2017. Le nombre de membres passa quant à lui de 500 000 en 2015 à 1 million à la fin de 2016 pour atteindre 1,7 million à la fin de 2017.

En 2017, l’ACLU a déposé 56 plaintes contre différentes politiques de l’administration Trump. Ces plaintes portent autant sur les droits des immigrants, les droits de reproduction, la discrimination contre les LGBTQ. Néanmoins, l’objectif ultime de l’ACLU, en défendant les droits constitutionnels des gens et groupes de personnes, est de gagner devant le tribunal de l’opinion publique.

Ces différents groupes ont en commun de défendre la démocratie américaine. Dans leur perspective, leurs actions sont plus nécessaires que jamais avec Trump au pouvoir. Ils sont en mesure de faire ce que les élus ne font pas ou ne peuvent pas faire. Par leurs actions, ils incarnent le contraire de la vision de Trump. Paradoxalement, ils démontrent que la démocratie américaine est encore bien vivante.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.

Je vous convie au lancement de mon nouveau livre Donald Trump et la déconstruction de l’Amérique, consistant en un recueil d’articles publié dans La Tribune de Sherbrooke, 2015-2018. Le lancement aura lieu le mardi 6 novembre de 16 h à 18 h à l’Agora de l’information du campus principal de l’Université de Sherbrooke. L’éditrice du livre, Andrée Laprise d’Athéna Éditions, sera là et vendra le livre au coût de 20 $ taxes incluses, au lieu de 30 $ plus taxes. L’École de politique appliquée va profiter du lancement pour souligner le 10e anniversaire de ma collaboration avec La Tribune.