La moins bonne nouvelle

L’Estrie a certes remporté une bataille avec l’arrêt, d’ici 90 jours, du traitement des eaux de lixiviation du lieu d’enfouissement de Coventry à la station d’épuration municipale de Newport, au Vermont, considérée inapte pour recevoir ce type de rejet par les groupes environnementaux et la Ville de Sherbrooke, notamment.

Les risques à long terme pour la qualité de l’eau du lac Memphrémagog demeurent toutefois bien réels alors que l’État du Vermont vient d’autoriser, en pleine période des vacances, l’agrandissement de ce dépotoir après des mois de débat de part et d’autre de la frontière.

Au départ, la seule présence d’un lieu d’enfouissement de déchets à proximité d’un affluent du lac Memphrémagog, source d’eau potable de près de 180 000 Estriens, est inquiétante.

Mais le fait que la compagnie Casella Waste Systems et sa filiale New England Waste Services of Vermont pourront enfouir 11 millions de tonnes supplémentaires de déchets au cours des 22 prochaines années constitue une aberration.

L’entreprise, qui dessert le Vermont et quelques États limitrophes, fait valoir que ses installations sont sécuritaires, grâce à une double membrane d’étanchéité et à des puits de surveillance. Est-ce une garantie suffisante? 

Ses dirigeants font également remarquer qu’il faut bien enfouir les déchets quelque part… une réalité qu’il faut reconnaître.

Néanmoins, Memphrémagog conservation Inc. (MCI) et son pendant vermontois DUMP (Don’t Undermine Memphremagog’s Purity), qui s’opposaient au projet d’agrandissement, craignent les risques de fuite de lixiviat, ce liquide résiduel qui provient de la percolation de l’eau à travers les déchets, et de dégradation de la qualité de l’eau du Memphrémagog.

La MRC de Memphrémagog est elle aussi préoccupée et entend surveiller les activités de cette entreprise.

Malheureusement, la région a somme toute peu de pouvoir d’influence sur le cours des choses et est dépendante du bon vouloir de son voisin.

D’une part parce que ce lieu d’enfouissement est sous l’autorité du Vermont et que Casella Waste Systems, qui a un chiffre d’affaires annuel de près de 700 millions $, a un certain pouvoir d’influence dans cet État et assure d’importantes rentrées fiscales pour la municipalité de Coventry.

D’autre part, parce que bien que la majeure partie de la superficie du lac Memphrémagog soit située au Québec, 71 % de son bassin versant (l’ensemble des eaux qui convergent vers le lac) est aux États-Unis.

Malgré la mobilisation des organismes environnementaux et des élus, le projet d’agrandissement a donc été approuvé.

Au cours des derniers mois, les politiciens municipaux, provinciaux et fédéraux ont multiplié les lettres et les résolutions à l’intention des autorités vermontoises.

Mais une véritable offensive politique auprès de leurs vis-à-vis aurait été souhaitable et peut-être plus efficace.

Le député fédéral de Brome-Missisquoi, Denis Paradis, qui a demandé en vain jusqu’ici que la Commission mixte internationale sur les eaux limitrophes mène une étude indépendante sur les impacts des rejets de lixiviat sur la qualité de l’eau du Memphrémagog et de l’agrandissement, n’en revient tout simplement pas.

« (…) C’est aberrant! Allons mettre ça ailleurs qu’à proximité d’un lac d’eau potable; ça n’a pas de bons sens! » lance-t-il, tout en saluant le travail de Robert Benoit, président du MCI. 

Personne ne panique dans ce dossier et l’eau que boivent les Sherbrookois est l’une des meilleures en Amérique du Nord.

Toutefois, de nouvelles normes pour mieux protéger la qualité de l’eau du Memphrémagog sont nécessaires.

Les Québécois sont bien mal placés pour donner des leçons aux gens du Vermont en matière de gestion des matières résiduelles.

Mais, on peut toujours rêver, il est impératif d’appliquer le principe de précaution et de miser davantage sur la réduction à la source et le recyclage pour protéger nos sources d’eau potable. De part et d’autre de la frontière.