La marchandisation de la vulnérabilité des personnes aînées doit cesser

La fermeture d’une résidence pour aînés non autonomes à Vallée-Jonction fait réagir avec raison. Le délai imposé de 48 heures pour déménager des personnes vulnérables est tout simplement inacceptable. La raison évoquée par le propriétaire de l’entreprise du manque de main-d’œuvre est réelle dans ce milieu. Être préposé aux bénéficiaires dans une résidence privée pour aînés est un emploi qui, souvent, n’est pas rémunéré à sa juste valeur et qui impose des horaires de travail très difficiles à concilier avec la vie familiale.

Cependant, nous croyons que dans le cas qui nous occupe, il devrait exister une règle similaire à celle de la Régie du logement qui oblige un propriétaire à donner un avis de trois mois aux occupants d’un bâtiment lorsqu’il doit cesser ses opérations. Ceci permettrait de prévenir des situations catastrophiques comme celle de Vallée-Jonction. Ce qu’il est important de retenir de ce triste évènement, c’est que le désengagement de l’État dans ce milieu contribue à créer des situations comme celle-ci.

En tant que société, il est très préoccupant de laisser aux mains de l’entreprise privée le soin de s’occuper de personnes non autonomes. Marchandiser la vulnérabilité des aînés en perte d’autonomie entraîne des conséquences réelles : fermeture hâtive, faible qualité et sécurité des installations, coût exorbitant pour des aînés à faible revenu, embauche de personnel non qualifié, etc.

Afin de pallier le manque de main-d’œuvre en résidences privées, le gouvernement du Québec annonçait, le 17 mai dernier, qu’il révisait à la baisse le nombre d’heures de formation nécessaires pour être préposé aux bénéficiaires dans les résidences privées pour aînés. Passant de 870 à 180, le gouvernement croit avoir trouvé une solution durable pour un problème qui ne fera que s’accroître.

Voilà un exemple concret où le gouvernement se déresponsabilise du soutien offert aux plus vulnérables. Dans le privé, on embauche du personnel moins qualifié possédant seulement 180 heures de formation, et dans le public, on en exige 870. C’est inacceptable considérant qu’il s’agit d’une responsabilité collective que nous avons de nous occuper de nos aînés en perte d’autonomie.

L’épisode de Vallée-Jonction n’est que la pointe de l’iceberg; c’est la démonstration de l’échec du modèle de gestion des personnes vulnérables. Le gouvernement doit cesser de niveler ses responsabilités vers le bas lorsqu’il est question de perte d’autonomie : investir davantage en soins à domicile et ouvrir plus de places en CHSLD pour que, finalement, il n’y ait plus de liste d’attente. Il faut également valoriser la profession des préposés aux bénéficiaires, tant au point de vue de leurs conditions de travail que de la reconnaissance qui leur est due. Ce ne sont là que quelques exemples qui permettraient de prévenir ce genre de situation.

Donald Tremblay
Président de l’Association québécoise des retraité(e) s des secteurs public et parapublic (AQRP)