De l’avis de Patrick Lagacé lui-même, les 27 recommandations de la commission Chamberland sont à l’image de ses travaux, sobres et rigoureux. Le chroniqueur constate que les sources journalistiques se font encore plus frileuses depuis les révélations d’écoute téléphonique.

La liberté de presse

La commission d’enquête sur la protection de la confidentialité des sources journalistiques vient de reconnaître le rôle fondamental joué par les journalistes dans une société démocratique. Présidée par le juge Jacques Chamberland, celle-ci recommande à Québec d’adopter une « loi-parapluie » afin de protéger à la fois les sources et le matériel journalistiques. À l’heure où la presse libre traverse une crise d’envergure mondiale, cette future loi apparaît d’une importance capitale pour la qualité de l’information et tout particulièrement dans les régions comme l’Estrie.

Rappelons d’abord que la commission Chamberland a été créée en novembre 2016 à la suite de révélations troublantes. D’importants corps de police ont obtenu très facilement des mandats afin de mettre sous écoute téléphonique le chroniqueur de La Presse+ Patrick Lagacé et les journalistes de Radio-Canada Alain Gravel et Marie-Maude Denis, entre autres.

La commission Chamberland a visiblement pris le temps de comprendre à quel point le travail d’enquête des journalistes est important dans une démocratie. Sans les informations dévoilées par l’émission Enquête de Radio-Canada, est-il besoin de rappeler que la commission Charbonneau sur la collusion dans l’industrie de la construction n’aurait jamais vu le jour?

De l’avis de Patrick Lagacé lui-même, les 27 recommandations de la commission Chamberland sont à l’image de ses travaux, sobres et rigoureux. Le chroniqueur constate que les sources journalistiques se font encore plus frileuses depuis les révélations d’écoute téléphonique. Ceux qui acceptent de dévoiler de l’information aux journalistes sous le couvert de l’anonymat, observe-t-il, n’ont malheureusement plus l’impression d’être à l’abri d’éventuelles représailles.

Les commissaires ont également bien saisi qu’il importe d’assurer l’indépendance des corps de police par rapport au pouvoir politique qui les engage. L’ex-maire de Montréal Denis Coderre croyait bien que proximité ne veut pas dire ingérence. Sauf que, c’est son coup de fil au chef de police pour exprimer son mécontentement à la suite d’une fuite au sujet d’une simple contravention qui a conduit, semble-t-il, à l’écoute téléphonique.

« Même animé des meilleures intentions, un maire ou un ministre, en raison de la position qu’il occupe, peut insuffler une direction à une enquête lorsqu’il formule une simple demande d’information ou exprime un commentaire au directeur du corps de police », écrivent les commissaires.

Il faut avouer que le cas du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est particulier. Ce n’est pas sans raison que son chef vient d’être relevé de ses fonctions. La commission Chamberland a d’ailleurs constaté que la supervision des enquêtes y était « au mieux sporadique, au pire inexistante ».

Avec raison, la commission Chamberland recommande ainsi à Québec d’encadrer les rapports entre les élus et les policiers. Si cela s’est produit à Montréal, il est facile d’imaginer que pareille situation a d’autant plus de chance de se produire en région. À Sherbrooke, où la proximité est sans doute plus grande qu’à Montréal, une mairie inexpérimentée pourrait résister difficilement à la tentation.

Tout comme les journalistes, Philippe Couillard a bien accueilli les suggestions de la commission. Le premier ministre s’est d’ailleurs engagé à légiférer dès le début de l’année afin de protéger la confidentialité des sources et du matériel journalistiques.

En ce qui concerne une indépendance accrue des corps de police par rapport au politique, Québec devra visiblement mûrir sa réflexion, considérant la situation au SPVM et à l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Dans l’intervalle, des journalistes toujours moins nombreux auront l’assurance d’effectuer leur travail de chien de garde des pouvoirs publics en toute liberté.