La grande corvée

ÉDITORIAL / Les exemples de générosité et d'entraide dans les quelque 150 municipalités de la province touchées par des crues printanières sans précédent sont tout à l'honneur de la population, des services d'urgence et des élus.
Mais l'ampleur des dégâts, avec plus de 2500 résidences inondées et des centaines de personnes évacuées, démontre une fois de plus que l'on ne peut pas grand-chose contre les forces de la nature.
Plusieurs établissements d'enseignement et des entreprises ont également dû fermer leur porte hier.
Alors que la situation était jugée critique dans plusieurs municipalités, hier, notamment en Outaouais, en Mauricie, dans les Laurentides, à Laval et même sur une partie de l'île de Montréal, les mesures d'urgence ont été décrétées en plusieurs endroits et le nombre de militaires appelés en renfort a été porté hier de 1200 à 1650.
Même des réservistes de Sherbrooke ont été mobilisés pour aller prêter main-forte aux citoyens.
Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, a reconnu que la situation est très difficile pour les citoyens touchés et a tenté de les rassurer du mieux qu'il le peut, indiquant que le niveau des cours d'eau devrait commencer à baisser à compter de demain.
Heureusement, la région de l'Estrie, pourtant habituée aux inondations printanières, est épargnée jusqu'ici en raison de la fonte graduelle de la neige et de pluies moins abondantes qu'au nord du fleuve Saint-Laurent.
La situation n'est toutefois pas sans rappeler la crue de la rivière Saint-François, en avril 2014, qui avaient forcé l'évacuation de plusieurs centaines de personnes à Sherbrooke, causé des inondations à Waterville et Drummondville, notamment, et nécessité la fermeture de plusieurs routes, de même que la suspension des activités à l'Université Bishop's et au Collège Champlain durant une journée.
Elle fait également penser à celle de la rivière Richelieu, en 2011, qui avait causé des dégâts de plusieurs dizaines de millions de dollars dans les municipalités riveraines.
Malheureusement, cette fois-ci, la facture risque d'être passablement plus élevée compte tenu de l'ampleur des dégâts, autant pour les sinistrés que pour le gouvernement du Québec.
Comment expliquer cette crue printanière?
Il s'agit d'une combinaison de deux facteurs, explique Robert Leconte, professeur au département de génie civil de l'Université de Sherbrooke.
« Il y a eu des pluies abondantes au nord du fleuve Saint-Laurent, presque le double qu'en temps normal, et des stocks de neige plus importants qu'à l'habitude, ce qui a entraîné une situation exceptionnelle et des débits exceptionnels », dit-il.
Cela dit, les inondations actuelles ont peu à voir avec les changements climatiques.
« On ne peut relier un événement ponctuel à ce phénomène que l'on doit analyser sur de longues périodes, dit M. Leconte. C'est davantage un événement extrême, fruit d'un hasard météorologique et hydrologique. »
Le gouvernement du Québec offre des programmes d'aide financière pour le remplacement des appareils ménagers et la réparation des demeures, mais les dommages matériels causés par ces inondations seront énormes et il faudra des semaines, sinon des mois, pour un retour à la normale.
Ces événements, porteront un coup très dur au portefeuille des particuliers, d'autant plus que plusieurs polices d'assurance ne couvrent pas les inondations, et au gouvernement qui leur viendra en aide.
Et, à l'instar des inondations survenues dans le Haut-Richelieu en 2011, ils soulèvent immanquablement la question du développement domiciliaire en zones inondables et de l'étalement urbain.