La gériatrie sociale est la clé du maintien à domicile

Lettre ouverte à l’attention des chefs des partis politiques.

Aujourd’hui, lorsqu’on atteint 65 ans, on peut espérer vivre en moyenne 20 années supplémentaires. Si la longévité a été le défi de la santé du 20e siècle, le 21e siècle sera celui du vieillissement, alors que le bourrelet démographique des baby-boomers s’avance vers des âges vénérables à toute vitesse. Malheureusement pour nos décideurs, nous n’avons pas le luxe d’attendre pour compléter le virage majeur qui s’impose.

Injecter davantage de ressources dans le système actuel, biomédical et hospitalo-centriste, est une erreur que «le système» répète sans cesse. Tant qu’il n’y aura pas davantage d’action visant la promotion, la prévention, l’adaptation des soins et services aux spécificités des aînés et l’implication de tout l’écosystème l’entourant au quotidien, les malades vont continuer d’affluer aux urgences, souvent pour y rester trop longtemps et en perdre des plumes. Pourtant, on voudrait tellement les «maintenir à domicile». Mais ça ne se maintient pas à bout de bras comme ça, un aîné malade. Ça nécessite l’implication continue de tout l’écosystème communautaire qu’on aura outillé pour être autonome et flexible au fil des mois et des années. Pas juste des organigrammes.

La pédiatrie sociale a su démontrer dans les 25 dernières années que l’action au sein même de cet écosystème est une manière efficace et humaine d’agir pour le bénéfice des enfants. Nous souhaitons adapter cette philosophie pour le bénéfice des aînés et promouvoir la santé des aînés et remédier à la perte d’autonomie, l’isolement social, la pauvreté, le déracinement, la déshumanisation systémique. Une telle approche, la gériatrie sociale, existe pour les gens qu’elle touche.

La gériatrie sociale, c’est plus que des médecins ou des gériatres qui ouvrent les portes de réfrigérateur dans tous les foyers du Québec. C’est un pas réaliste vers un idéal. Établis par la communauté lors du 1er forum de GS, les principes fondateurs de l’approche sont : (1) la proximité de l’offre de services et de soins; (2) la mise à contribution de l’ensemble de l’écosystème communautaire; (3) le respect des droits et choix éclairés des aînés, bons ou mauvais.

Concrètement, la gériatrie sociale, ce sont des accompagnants de divers horizons. Ils aident les aînés dans les lieux qu’ils fréquentent. Ils connaissent les aînés avec qui ils partagent leur quotidien. Ils réussissent avec eux à mobiliser les gens au-delà des barrières organisationnelles pour aider et soigner. Ils identifient rapidement des besoins non comblés et des partenaires pour y remédier. Ils s’intéressent aux aidants en tant que conjoint, enfant, voisin, pas en tant que dispensateurs de soins pour compenser le manque de services. Ils permettent de naviguer les méandres de la bureaucratie qui obstruent souvent l’accès aux services. Ils brisent l’isolement et donnent un sens à la vie.

La gériatrie sociale solidarise une communauté de soignants ayant des expertises partagées en fonction des besoins de l’aîné. Elle implique le recours à une équipe de gériatrie sociale composée d’infirmières et d’un médecin, mais pas au sein d’une hiérarchie. Ces professionnels sont des catalyseurs qui préviennent, guident les actions, développent, et décuplent l’impact de leur présence dans la mêlée. Les soignants en gériatrie sociale se consacrent à des activités cliniques plutôt que de perdre leur temps à nourrir la machine bureaucratique. Les soignants collaborent au-delà des freins institutionnels. Ils mettent en commun leurs compétences avec et en fonction des priorités de l’aîné pour lui permettre de vivre avec le maximum d’autonomie. Ils comprennent que leur rôle est d’outiller pour supporter les décision des gens, pas pour les prendre à leur place.

Sachant que le «maintien à domicile» est sur toutes les lèvres en cette période électorale, la gériatrie sociale est un moyen concret de le réaliser sans que des investissements massifs en infrastructures soient requis; sans que les structures soient remaniées une énième fois; sans qu’on ajoute des pièces à un puzzle insoluble qui empêchent d’innover pour changer le maudit paradigme que tout le monde veut changer. Il faut faire confiance aux communautés qu’on aura outillées et qui seront supportées par une communauté de professionnels engagés.

À la Fondation AGES, nous sommes convaincus que c’est par la gériatrie sociale qu’on ajoutera de la vie aux années et la fondation compte être le gardien de cette approche au fil des cycles politiques. Le 25 octobre prochain, à l’occasion du 2e Forum sur la gériatrie sociale, nous lancerons une mobilisation autour de ce modèle à concrétiser dans les prochaines années. Ce sera l’occasion idéale d’envoyer un message clair aux membres du nouveau gouvernement qui aura été élu lors de la journée internationale des aînés...

Stéphane Lemire, MD, MSc, président du conseil d’administration, Fondation AGES

Élie Belley-Pelletier, directeur général, Fondation AGES