Au moment même où ils s’interrogent sur ce que devrait inclure ou pas l’uniforme de l’élu bienséant, nos députés continuent­ d’en découdre sur le port des signes religieux.

La garde-robe de nos élus

CHRONIQUE / Ceux qui s’attendent à ce que les parlementaires finissent enfin par trancher dans le débat des signes religieux devraient attacher leur tuque avec de la broche : comment pensent-ils parvenir à un consensus lorsqu’ils en sont encore à déchirer leur chemise concernant leur propre code vestimentaire ?

D’un côté, certains plaident pour une présentation soignée, tirée à quatre épingles en signe de respect du décorum. Bonnet, bottillons, espadrilles, t-shirts, jeans... Autant d’atours que certains élus voudraient voir bannis d’entre les murs de la Maison du Peuple, jugeant que ceux-ci ne font pas honneur à la prestigieuse fonction de député.

L’habit ne fait pas le moine, dit toutefois l’adage... Surtout quand on sait que certains anciens parlementaires, qui portaient fièrement le tailleur ou la cravate, se succèdent devant les tribunaux depuis nombre d’années.

De l’autre côté, on souhaite plutôt demeurer soi-même et ressembler aux gens qu’on aspire à représenter à Québec. Dire qu’il y a quelques années à peine, Pauline Marois avait été maintes fois critiquée pour ses tailleurs griffés, ses foulards chics et ses bijoux. Pourquoi ? Parce que son image de femme richissime n’ayant jamais eu besoin de se serrer la ceinture la faisait paraître snob et déconnectée du petit peuple, disait-on !

D’ailleurs, en ce qui a trait aux accoutrements de nos députés provinciaux, on n’en est pas à une contradiction près. La tuque de la solidaire Catherine Dorion en dérange plusieurs, qui souhaiteraient la voir se débarrasser de son couvre-chef. Mais il y a de cela quelques décennies, il était hors de question qu’une femme pénètre dans l’enceinte de l’Assemblée nationale la tête nue !

C’est au président de l’Assemblée nationale, François Paradis, de statuer sur la question. Mais d’ici à ce qu’il mette ses culottes à ce sujet, la consigne instaurée cette semaine, enjoignant les hommes à porter une tenue de ville et les femmes à revêtir une tenue de « circonstance », demeure nébuleuse.

Tenue de circonstance... Un terme qui veut tout dire et qui ne veut rien dire à la fois. Faisons dans l’esprit de bottine.

Compte tenu qu’il se lance parfois de la boue dans le Salon bleu, l’imperméable est-il de mise ? Comme il arrive à certains ministres de patiner lors de la période de questions, pourraient-ils siéger des lames aux pieds ? Et à voir les boutades de certains élus, on ne serait pas surpris d’en voir arriver vêtus d’un costume de clown...

Un débat toujours à la mode

Tout ça pour dire qu’au même moment où ils s’interrogent sur ce que devrait inclure ou pas l’uniforme de l’élu bienséant, nos députés continuent d’en découdre sur le port des signes religieux.

De voir à quel point la question de la laïcité dans la sphère publique divise encore les Québécois, force est d’admettre que notre société n’est peut-être pas aussi tricotée serré qu’on se plaît à le dire à qui veut l’entendre.

La thématique, elle, n’est visiblement pas démodée. C’est également un débat dans lequel il semble y avoir peu de compromis.

Chaque fois que la question sort de la garde-robe, les élus doivent enfiler des gants blancs avant de se prononcer. Il est en effet délicat pour un élu représentant une tranche de la population de faire une sortie pour prendre ouvertement position pour ou contre le port des signes religieux en public sans frustrer ou brimer ceux qui pensent le contraire. Dans un cas comme dans l’autre, ce serait déshabiller Pierre pour habiller Paul...

D’ailleurs, la maladroite déclaration du premier ministre François Legault, selon laquelle il n’y avait pas d’islamophobie au Québec, était cousue de fil blanc, si bien qu’il a dû corriger le tir après avoir parlé à travers son chapeau.

Chapeau qui fait aussi à la toute nouvelle ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest, qui n’a pas hésité à affirmer que le port du hidjab était un symbole d’oppression chez les femmes. Il faut être culotté pour dévoiler ainsi le fond de sa pensée ; mais qu’on soit d’accord ou non avec son propos, contrairement à son chef, la députée de Brome-Missisquoi n’est pas allée se rhabiller : elle a assumé sa déclaration.

Les partis d’opposition n’ont pas tardé à se draper dans la vertu, mais eux-mêmes se sont fait déculotter dans le passé. Dès qu’un politicien ose aborder cet épineux dossier, quelle que soit son allégeance politique, il n’en faut pas plus pour se faire lessiver sur la place publique.

Le Parti québécois, d’ailleurs, l’a bien appris. Sa proposition de Charte de la laïcité a été si impopulaire qu’elle lui fit perdre sa chemise après un très court passage au pouvoir, en 2014.

Le Parti libéral du Québec, lui, est peut-être en train de retourner sa veste. Après des années à prêcher contre toute interdiction de symboles religieux dans l’espace public, le voilà qui étudierait la possibilité de circonscrire cette prohibition aux policiers, aux gardiens de prison, aux procureurs de la Couronne et aux juges, comme le recommandait la Commission Bouchard-Taylor.

Disons donc simplement qu’à l’heure actuelle au Québec, y’a pas de quoi se péter les bretelles.