Si le gouvernement Legault adhère réellement aux principes d’universalité et de gratuité des services contenus dans la Loi canadienne sur la santé, il doit s’engager dès maintenant à payer la facture des malades qui passent des tests ou des examens dans le secteur privé faute de disponibilité dans le réseau public, écrit notre éditorialiste.

La fin du régime à deux vitesses?

ÉDITORIAL / Même si des malades contournent la file d’attente et obtiennent des diagnostics et des soins plus rapidement parce que leur porte-­monnaie et des assurances privées le leur permettent, la nouvelle ministre de la Santé, Danielle McCann, n’a pas l’intention de fermer des portes d’accès aux examens médicaux. Ce qui ne l’empêche pas de se dire en faveur de l’universalité et la gratuité des services. Cherchez l’erreur.

Si le gouvernement Legault adhère réellement aux principes d’universalité et de gratuité des services contenus dans la Loi canadienne sur la santé, il doit s’engager dès maintenant à payer la facture des malades qui passent des tests ou des examens dans le secteur privé faute de disponibilité dans le réseau public.

C’est très bien de promettre de renforcer le secteur public, comme le fait Mme McCann. Mais d’ici là, les malades qui n’ont pas d’assurance privée ou les moyens de payer la note d’une IRM (imagerie par résonance magnétique) ou un autre examen diagnostique médicalement requis, regardent passer les mieux nantis devant eux, endurent leur mal et vivent dans l’angoisse en attendant leur tour à l’hôpital? 

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, estime qu’une telle situation est injuste et va à l’encontre du principe fondamental des soins de santé au Canada. Elle rappelle que l’accès doit être fondé sur le besoin de santé et non sur la capacité ou la volonté de payer. 

Même si certains patients sont disposés à payer, Mme Petitpas Taylor estime que ce n’est pas justifiable. «Ainsi, certains patients évitent deux fois l’attente — une première fois pour le service diagnostique en soi et par la suite pour tout service de suivi dont ils pourraient avoir besoin.»

Mme McCann semble s’accommoder de cette situation. Pour combien de temps? Si le passé est garant de l’avenir, les Québécois risquent d’attendre encore longtemps que l’accès s’améliore dans le réseau public. Le système continuera donc de fonctionner à deux vitesses.

Si Ottawa a toléré des écarts à sa loi pendant des décennies, le gouvernement Trudeau veut y remédier. Il a notamment forcé le Québec à mettre fin aux frais accessoires en menaçant de réduire les transferts en santé. Ottawa et Québec s’exposaient à des poursuites. 

Ottawa vise maintenant les examens diagnostiques. Il n’interdit pas aux provinces de recourir au secteur privé pour donner de tels services. Il veut que les patients n’aient pas à payer de frais au privé. Les provinces qui continueront d’ignorer cette injustice risquent de voir réduire leurs transferts en santé. 

Le gouvernement Legault a beau dire que la santé, «c’est le champ de compétence des provinces», il n’a pas les moyens de se priver du financement d’Ottawa. Qu’il s’oppose au fédéral au bon moment. Il haussera le ton si Ottawa ne paie pas sa juste part pour appliquer la loi.

C’est possible d’élargir la couverture publique pour mettre fin à des iniquités ou s’ajuster aux réalités de 2018. Le gouvernement Couillard a fait des pas avec les échographies.

Bien sûr, ce n’est pas simple. La gratuité peut mener à des effets pervers, à du surdiagnostic. Le président de l’Association des radiologistes du Québec parlait en 2017 d’un «effet Boxing Day». L’Association médicale du Québec s’interroge sur la pertinence des examens réclamés.

Des professionnels peuvent également craindre de perdre un marché lucratif. D’autres redoutent que le gouvernement paie trop cher pour des services, le privé recherchant le profit. 

Les gouvernements doivent s’assurer que le gagnant sera le patient, riche ou pauvre.