L’ancien maire de Sherbrooke Bernard Sévigny

La faute à tout le monde?

Généralement, les mémoires politiques permettent aux politiciens déchus de se mettre en scène, plus précisément de donner une image tronquée de la vérité afin de se négocier une petite place dans la postérité. L’ancien maire de Sherbrooke, Bernard Sévigny, ne fait pas exception à la règle. S’il a perdu la mairie en 2017, c’est la faute de ses opposants politiques, de La Tribune, bref de tout le monde sauf lui. Cet ouvrage qui aurait pu être enrichissant sur le plan académique manque complètement sa cible. Au fil des pages, ici et là, « l’auteur » distille son fiel pour accabler celles et ceux qu’il estime être les odieux responsables de sa défaite.

Or, le seul responsable c’est lui. Les citoyens de la Ville de Sherbrooke n’ont pas voté pour son adversaire parce qu’ils ont été influencés par l’article d’un chroniqueur ou encore, par les tactiques électoralistes d’un tel ou d’un autre. Le problème était beaucoup plus profond. Lors de la campagne, les gens parlaient des hausses de taxes avec colère, de la suffisance du maire, bref, de son attitude en général. À l’évidence, ils ne pouvaient plus le voir en peinture. Par conséquent, ils ont appuyé une « candidature burlesque ».

Même certains de ses candidats, qui ont ressenti cette hostilité, répondaient aux citoyens qui disaient ne pas vouloir voter pour eux : « Bernard Sévigny et moi, ce n’est pas la même chose. » Peut-être y a-t-il là matière à réflexion pour l’ex-maire? S’il n’a pas été en mesure de dresser le bilan positif de sa carrière politique deux ans plus tard, comment pouvait-il espérer que les électeurs votent à nouveau pour lui? A-t-il eu le tort de sous-estimer l’intelligence des électeurs? C’est à méditer.

À mon sens, la principale erreur de Bernard Sévigny est d’avoir cru que le résultat de 2013, soit 73,39 %, représentait sa cote d’amour véritable. Lorsqu’on n’a pas d’opposition véritable en face de soi, ce n’est pas bien difficile d’atteindre un pourcentage pour le moins soviétique. En réalité, comme en 2009 et 2017, elle ne dépasse guère les 30 %. Somme toute, cet ouvrage, hormis que le fait que les notes infrapaginales font illusion sur la pertinence et la profondeur du contenu, n’est que le fruit d’un homme amer qui peine toujours à digérer sa défaite. Il est la preuve que les électeurs ont eu raison de le mettre à la porte. En attendant, si mon ami Bernard veut un conseil, je lui conseille de prendre une camomille.

Pascal Cyr
Sherbrooke