Un enfant a beau avoir les «notes» et l’intérêt pour s’engager dans un programme de musique ou de hockey, il sera impossible pour lui d’y accéder si ses parents ne peuvent assumer la facture qui l’accompagne.

La facture ignorée

ÉDITORIAL / Des programmes particuliers en arts, en sports, en langues ou en éducation internationale demeurent inaccessibles à des milliers d’élèves parce que leurs parents n’ont pas les moyens de défrayer les centaines de dollars qu’exigent les écoles publiques. Ils se retrouvent donc forcément «au régulier», voire forcer de quitter leur école de quartier. Les politiciens, si généreux à distribuer les fonds publics dans la présente campagne et ardents défenseurs du libre choix dans d’autres domaines, doivent mettre fin à cette iniquité qui a des conséquences chez les élèves et sur tout le système scolaire.

Le sujet mérite assurément autant d’attention que les lunchs, l’achat du matériel scolaire ou la construction des «plus belles écoles au monde».

Si un prochain gouvernement a les moyens de réduire les taxes scolaires, de distribuer des chèques aux parents d’enfants d’âge scolaire qu’importent leurs revenus, de rendre différents services gratuits, il devrait normalement prévoir que tous les enfants aient accès aux différents programmes offerts dans les écoles publiques. 

Ce qui n’est pas le cas présentement, du moins, dans bon nombre d’écoles. Un enfant a beau avoir les «notes» et l’intérêt pour s’engager dans un programme de musique ou de hockey, il sera impossible pour lui d’y accéder si ses parents ne peuvent assumer la facture qui l’accompagne.

L’école québécoise est donc devenue au fil des ans à trois vitesses, relevait en 2016 le Conseil supérieur de l’éducation dans son rapport «Remettre le cap sur l’équité». L’école privée subventionnée, l’école publique qui sélectionne les élèves pour ses programmes particuliers et l’école publique qui doit accueillir dans ses classes «régulières» tous les élèves, y compris ceux éprouvant des difficultés d’apprentissage ou de comportement.

Les syndicats d’enseignants ont maintes fois déploré la lourdeur de la composition des classes ordinaires pour ses membres. La situation a aussi des conséquences pour les élèves et pour tout le système. 

Professeur titulaire au département d’administration et fondements de l’éducation de l’Université de Montréal, Christian Maroy écrivait récemment dans Le Devoir que «la ségrégation est porteuse d’effets inégalitaires d’apprentissage scolaire, mais aussi d’un risque d’affaiblissement de la performance moyenne du système». 

S’appuyant sur des analyses menées avec un confrère, M. Maroy constate «qu’un élève de l’enseignement privé ou du public sélectif a respectivement 9 et 6 fois plus de chances d’aller à l’université qu’un élève d’une classe ordinaire du public».

Ce dernier, même si ses compétences sont égales aux deux autres et même si ses parents ont le même type de diplôme, est pénalisé, voire freiné dans son parcours scolaire.

Comment peut-on parler de gratuité scolaire, d’égalité des chances et de réussite éducative sans s’attaquer à ce problème dans la présente campagne électorale? 

La Fédération des commissions scolaires a demandé aux différents partis de s’engager à «entamer un dialogue social pour définir le concept de gratuité scolaire au service d’une plus grande équité des chances de réussir pour tous». 

Le flou demeure. Même si des partis s’engagent à revoir la Loi sur l’instruction publique pour clarifier ce que doit être la gratuité scolaire en 2018, on ne sent pas un grand empressement à corriger les inégalités des chances découlant de la prolifération des programmes particuliers. 

Oui, ceux-ci ont indéniablement contribué à freiner l’exode d’élèves vers le secteur privé. Ils ont également motivé des jeunes à rester sur les bancs d’école et à obtenir un diplôme. Le hic, c’est que cette chance n’est pas donnée à tous les élèves.