Exit la classe moyenne, les familles sont la nouvelle cible des partis politiques.

La disparition de la classe moyenne

ANALYSE / La fête du Travail passée, on entre dans une autre portion de la campagne électorale. La première a été marquée par une disparition, celle de la «classe moyenne».

Si on voulait coiffer d’un titre sociologique la première partie de cette campagne, on pourrait écrire «Feu la classe moyenne». Dans la bouche de nos responsables politiques, elle a été remplacée par la «famille», la famille avec un F majuscule.

Avant, tous voulaient s’attirer les faveurs de la fameuse classe moyenne — que tous avaient par ailleurs des difficultés à définir. Et pour cause: à quel niveau de revenus commence-t-elle? À quel niveau de revenus se termine-t-elle? Il existe des définitions précises là-dessus, mais cette classe moyenne a été utilisée à toutes les sauces pendant longtemps — et particulièrement lors des périodes électorales. Dans cette campagne-ci, elle a disparu.

La famille est davantage dans l’air du temps… Les «classes» sociales, même si elles existent bel et bien, prennent appui sur un concept devenu ringard en politique québécoise.

Dans cette première partie de campagne, aucun «enjeu» n’a écrasé tout le reste, n’a provoqué pendant des jours et des jours une chaîne de réactions d’une caravane électorale à l’autre. Les deux seuls éléments de cet ordre apparaissant en filigrane sont celui portant sur les négociations entourant l’ALENA, où les partis ont tracé une ligne rouge, mais où le Parti québécois n’hésiterait pas à exploiter politiquement une ouverture du gouvernement canadien sur la gestion de l’offre; et celui entourant l’immigration et la «pénurie de main-d’œuvre», liées par le gouvernement Couillard comme les deux pièces d’une même médaille.

Attirer les regards

La démission de Christian Dubé de son poste de député en août 2014, quatre mois après sa dernière réélection, a été la première d’une longue série dans la législature qui s’est terminée récemment. M. Dubé a été suivi par 13 autres députés.

Il y a des remplaçants de dernière minute qui ressemblent à des atouts. Cela a été le cas avec l’ex-numéro deux de la Ville de Québec, Jonatan Julien, dans Charlesbourg. Ça l’est maintenant avec Christian Dubé.

Avec les sondages actuels,  M. Dubé est à peu près certain d’être élu dans La Prairie. Le libéral Richard Merlini (qui a déjà été adéquiste) l’a emporté avec seulement 435 voix d’avance en 2014!

Bien sûr, au pouvoir ou dans l’opposition, Christian Dubé ne démissionnera plus, s’il est élu. Il l’a juré. Que pouvait-il dire d’autre? Il devra aussi réconcilier des décisions de la Caisse de dépôt et placement avec des prises de position de son parti.

Dans cette campagne, et dans la longue précampagne, la CAQ a cherché à assommer ses adversaires et à faire la Une de l’actualité avec une enfilade de candidatures «prestigieuses».

À cette compétition, elle a réussi plus que ses adversaires.

La reddition de comptes

Si la CAQ est élue, Christian Dubé voudra certainement régler un problème fondamental dans l’exercice de reddition de comptes à l’Assemblée nationale — et ce serait tant mieux. Cet exercice, c’est celui de l’étude des crédits budgétaires, un cirque printanier qui dessert les citoyens.

En 2013, le caquiste déplorait que les députés de l’Assemblée nationale approuvent «à l’aveugle» chaque année des dizaines de milliards de dollars de crédits budgétaires. La situation n’a pas tellement changé.

En mai dernier, les élus ont encore une fois transposé à ces séances les polémiques des périodes des questions. Cet exercice devrait pourtant, au minimum, permettre de savoir si tel ou tel budget sert bel et bien les objectifs poursuivis; de savoir combien tel programme devait aider de personnes, par exemple. De savoir combien il en aide finalement. Et s’il les aide vraiment.

Il y a du travail à faire de ce côté-là.

Une trop longue campagne?

Avec la longue précampagne électorale, et la campagne en cours, une lassitude existe chez bien des électeurs, croient des députés sortants. Certains craignent que cette situation ait un impact sur le taux de participation — à la baisse dans leur esprit.

Puisque cette question apparaîtra à un moment ou l’autre dans l’actualité, affirmons tout de suite qu’on ne pourra pas nécessairement établir de lien clair et direct entre un éventuel faible taux de participation et le long processus électoral — tant il existe de variables et de facteurs dont il faudrait pouvoir tenir compte.

Sauf exception, ce taux de participation fluctue peu sur la scène provinciale québécoise, rappelons-le. Il a été de 78% en 1998. Il s’est situé entre 70% et 75% en 2003, en 2007, en 2012 et en 2014, une fourchette qui est la norme.

L’exception s’est produite en 2008: le taux de participation avait dégringolé à 57%!

Il faut dire que la précédente élection s’était déroulée en 2007 et que l’Action démocratique du Québec, qui formait alors l’opposition officielle, avait déçu. Bien des électeurs étaient restés chez eux.

Longue campagne ou pas, on n’est pas dans la même configuration cette fois-ci.