Donald Trump

La décertification de l’accord nucléaire iranien

ANALYSE / Le 14 juillet 2015, les représentants des États-Unis, de la Chine, de la Russie, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne et de l’Union européenne conclurent un accord historique avec les représentants iraniens pour s’assurer que l’Iran n’obtienne pas la bombe nucléaire. En contrepartie, Téhéran obtenait la levée des sanctions économiques internationales, permettant ainsi une ouverture de son économie sur le monde. Cet accord international mettait aussi fin à des relations acrimonieuses entre l’Iran et l’Occident qui perduraient depuis des décennies.

Toutefois, cet accord historique est maintenant remis en question par le président Donald Trump. Le président américain a décidé de « décertifier » l’accord sur le nucléaire iranien, affirmant que le pacte signé par le président Barack Obama n’allait pas dans les intérêts des États-Unis. Ce faisant, il lance un processus de révision de l’accord.

Le général Joseph Dunford, président des chefs d’état-major interarmées, affirma encore dernièrement que l’Iran avait appliqué rigoureusement l’accord et qu’il croyait que cela était dans l’intérêt américain de préserver l’accord. Faisant écho aux commentaires du général Dunford, le général John Hyten, commandant du commandement stratégique américain, déclara qu’il était du devoir des États-Unis de respecter les conditions de cet accord.

John Mattis, secrétaire à la Défense, et Rex Tillerson, secrétaire d’État, sont aussi intervenus publiquement en défense de l’accord iranien, affirmant que la préservation de ce dernier reste dans l’intérêt de la sécurité nationale américaine. En dépit de cela, le président affirme que tous les membres de son administration soutiennent sa stratégie sur ce sujet. Si ce n’est son désir de plaire à sa base électorale, un acharnement personnel à vouloir détruire l’héritage de son prédécesseur et une perception de l’Iran comme un « régime corrompu », Donald Trump n’a aucune raison valable pour faire exploser l’accord iranien.

Profitant d’une exigence de la loi américaine demandant que le président fasse rapport d’ici le 15 octobre à savoir si l’Iran respecte ou non l’accord de 2015, le président Trump en a profité pour proposer dans son discours de vendredi une stratégie plus complète et plus sévère comme moyen de contrer l’Iran.

Dans le cadre de sa nouvelle politique iranienne, le président Trump veut mettre en place une stratégie plus large qui englobera non seulement le programme de missiles balistiques iraniens, mais aussi le soutien présumé de l’Iran aux groupes terroristes du Moyen-Orient et ses actions en Syrie, au Liban et au Yémen.

Confronté à des dissensions au sein de son administration, Donald Trump a recours à la décertification comme une sorte d’esquive pour réaliser finalement son objectif. La décision de Trump ne met pas fin à l’accord. Elle ne fait que donner 60 jours au Congrès pour déterminer une nouvelle politique à ce sujet. Avec sa décision, Trump ouvre une boîte de Pandore. En transférant le dossier au Congrès, l’avenir de l’accord devient très incertain.

Or, le Congrès est dominé par des républicains farouchement opposés à l’accord. La tentation va donc être très grande que ces derniers décident de réimposer des sanctions à l’Iran, signifiant ainsi une abrogation de l’accord par les États-Unis. En attendant la mise en place d’une nouvelle politique, l’accord de 2015 restera en vigueur et de nouvelles sanctions ne peuvent pas être imposées. Entre-temps, tout au plus, l’administration Trump va s’engager sans doute dans des efforts supplémentaires pour renforcer le système d’inspections.

Toutefois, le Congrès n’est pas unanime. Pour les démocrates, le président devrait maintenir la certification de l’accord, car ce dernier fournit déjà le maximum de leviers pour contrer les activités négatives de l’Iran. La décision de Trump est terrible, parce qu’elle « sape la crédibilité de l’Amérique de respecter ses engagements avec nos alliés et partenaires ». Comment la Russie, la Chine et les nations européennes vont-elles réagir?

Selon les témoignages des ministres des Affaires étrangères de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Allemagne, de la Russie et de la Chine, représentant des pays parties à l’accord, l’Iran a respecté intégralement les termes de l’accord de 2015. Plus encore, ces derniers ont affirmé qu’ils ne veulent pas entrer dans une nouvelle ronde de négociation pour étendre la portée du pacte. Si les parties prenantes de l’accord sont favorables à examiner la situation globale, elles ne veulent pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ».

Par ailleurs, le général Dunford, à l’instar de plusieurs hauts diplomates, exprima son inquiétude sur les conséquences ultimes d’une décertification. En se retirant précipitamment de l’accord, les États-Unis mettent leur crédibilité en jeux. De plus, une telle décision a des répercussions dans le dossier nord-coréen.

Tout le monde observe les États-Unis. Toute décision américaine envoie au reste du monde un message stratégique non équivoque. La décision de décertifier l’accord sur le nucléaire iranien montre que les États-Unis ne sont pas un partenaire crédible sur lequel on peut avoir confiance. Trump a manqué une bonne chance, une fois de plus, de faire preuve de leadership et d’écouter ses alliés, ses hauts fonctionnaires et ses généraux.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke