La crise silencieuse

La pandémie de la COVID-19 a bouleversé comme jamais la vie quotidienne des Québécois depuis quelques semaines, mais les mesures de confinement à domicile cachent une autre crise : celle des femmes victimes de violence conjugale, qui se trouvent isolées, voire captives.

Plusieurs organismes qui leur viennent en aide craignent une augmentation du nombre de cas bien que, paradoxalement, les signalements ne soient pas en hausse. 

Car, disent-ils, le confinement décrété par l’État québécois pour réduire la propagation du virus rend les dénonciations plus difficiles pour les victimes.

Il peut aussi constituer un obstacle de plus pour les femmes qui veulent quitter leur conjoint violent afin de se protéger elles et leurs enfants.

Parallèlement, des spécialistes en ce domaine estiment que dans un contexte d’isolement social, la violence risque de s’amplifier dans les ménages où elle est déjà présente.

L’Escale de l’Estrie, un lieu d’accueil pour les femmes victimes de violence conjugale, indique à ce propos que les femmes qui viennent frapper à sa porte à la suite de sévices graves, violence sexuelle ou physique, sont en plus grand nombre depuis le début du confinement.

« On ne parle plus juste de violence verbale ou psychologique. Ce sont des cas plus lourds que d’habitude », a confié la directrice générale de l’organisme, Céline Daunais-Kenyon, à notre collègue journaliste René-Charles Quirion. 

Bien que le phénomène de la violence faite aux femmes occupe le devant de la scène depuis plusieurs années, il semble bien que le message ne passe toujours pas et qu’au contraire ce problème soit exacerbé par la crise de la COVID-19.

Malgré le mouvement #moiaussi et le regain d’intérêt pour ces questions, bon an mal an une douzaine de femmes sont victimes de meurtre par leur conjoint ou ex-conjoint au Québec.

Selon l’Observatoire canadien du fémicide pour la justice et la responsabilisation, 118 meurtres de femmes ou de filles entre janvier et novembre 2019 au pays étaient des fémicides, dont la moitié commis par un partenaire ou un ex-partenaire.  

Le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de l’Estrie, qui vient en aide aux femmes et aux adolescentes, dit lui aussi constater une situation alarmante sur le terrain.

Marie-Michèle Whitlock, intervenante en exploitation sexuelle, signale que les femmes dans la prostitution n’ont pour la plupart plus de revenu et ne sont pas éligibles aux programmes de soutien de l’État.

Le CALACS a certes obtenu des fonds pour offrir une ou deux nuits d’hôtel à ces travailleuses ou leur payer l’épicerie, mais il réclame une aide financière d’urgence pour ces femmes plus que jamais marginalisées et un programme d’aide pour celles qui veulent sortir de l’industrie du sexe.

L’organisme s’inquiète également pour les adolescentes victimes d’abus ou de violence alors que les écoles sont fermées et qu’il y a donc peu ou pas de signalements.

« Vu que les écoles sont fermées et qu’il y a le confinement, on a bien peur d’entendre des histoires d’horreur lorsque tout cela sera fini », mentionne Marie-Michèle Whitlock.

Lorsque les mesures de confinement prendront fin, dans quelques semaines ou quelques mois, le nombre de signalements ou d’appels à l’aide pour des cas de violence envers les femmes risque également de bondir.

Le gouvernement du Québec devra voir à ce que les organismes qui leur viennent en aide aient les ressources et le financement nécessaires pour faire face à la situation.

Cette crise doit nous ouvrir les yeux!

Il faudra consacrer beaucoup plus d’efforts pour combattre la violence envers les femmes, à la maison et dans la rue, et aider les travailleuses du sexe à sortir de leur enfer.