Mark Zuckerberg a présenté des excuses et tenté de se faire rassurant devant un comité du Sénat des États-Unis, mardi.

La contrition de Mark Zuckerberg

ÉDITORIAL / Mark Zuckerberg joue avec des forces qui le dépassent. Hier, comme il l’a fait beaucoup trop souvent maintenant, il a présenté des excuses et tenté de se faire rassurant, cette fois devant un comité du Sénat des États-Unis, promettant de trouver les solutions pour protéger les données que deux milliards de personnes ont confiées à son entreprise.

Ce n’est pas la première fois qu’il se livre à cet exercice et il est clair que ça ne sera pas la dernière. Lorsque le scandale de Cambridge Analytica finira par s’estomper, l’attention se portera sur un autre groupe, un autre pays, un autre acteur qui s’est servi de cet outil pour porter atteinte aux droits d’un groupe. 

Le réseau social a servi de vecteur pour des attaques sur la démocratie au Kenya, et au Nigeria. Il a été utilisé pour attiser la haine dans ce que plusieurs qualifient de génocide contre les Rohingyas au Myanmar. 

Facebook a ouvert la voie à d’importants progrès, il a permis à des entreprises de se développer, à des communautés de se regrouper autour de préoccupations, à partager des informations sur des problèmes de santé rares, à s’entraider. Mais à quel prix pour l’ensemble de la société? 

Mark Zuckerberg ne voulait pas changer le monde quand il a créé un programme informatique pour les étudiants de son université. Il aurait peut-être mieux valu qu’il en reste là. Les problèmes auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés sont en large partie dus au fait qu’un informaticien se pense capable de reconfigurer le monde en connectant l’ensemble de la planète à son réseau. 

Le succès de son projet a renforcé ses croyances, et il a fait de celles-ci un dogme qui sous-tend toute son entreprise, sans fondements concrets. «Notre objectif est de rendre le monde plus ouvert et interconnecté. Et j’ai toujours pensé que cela serait suffisant pour que plusieurs problèmes se règlent par eux-mêmes», affirmait-il en entrevue l’année dernière. Mais «le monde est plus divisé que je l’aurais prévu compte tenu du niveau d’ouverture et de connexion que nous avons aujourd’hui», admettait-il dans la même entrevue.

En effet, le monde n’a pas été aussi polarisé depuis au moins la Seconde Guerre mondiale, et Facebook a joué un rôle non négligeable dans cette évolution. 

Hier, plusieurs sénateurs, des deux partis, ont ouvertement évoqué la menace d’une réglementation, hier. Le sénateur Lindsay Graham a surpris Zuckerberg avec une simple question : «nommez-moi votre principal compétiteur», ce qu’il a été incapable de faire. Sans compétition pour assurer l’équilibre, seule la réglementation peut alors empêcher les dérapages. 

Facebook veut servir de conduit pour permettre aux gens de former des «communautés». Mais en pratique le groupe se sert des données qui lui sont confiées pour générer des revenus. Là est le cœur du problème, et il n’est pas exclusif à Facebook. Les données que l’on confie à une organisation ne devraient être utilisées que pour permettre de fournir le service proposé. 

L’article 23 du Règlement général sur la protection des données (RGPD), qui sera bientôt adopté par l’Union européenne, le stipule précisément. 

L’UE est à des années-lumière de ce qui se fait chez nous. On ne peut pas se satisfaire de l’indifférence et de l’inaction qui caractérise nos gouvernements, au Canada et au Québec, dans cette matière, et le Règlement européen trace la voie à suivre.