Donald Trump

La comparaison douteuse de Trump et Reagan

ANALYSE / Depuis trois ans, de nombreux commentateurs et partisans républicains n’hésitent pas à comparer Donald Trump à Ronald Reagan. Plus encore, dans une entrevue en novembre 2018, Trump s’est targué non seulement d’être l’héritier de Reagan, mais aussi d’avoir surpassé par ses réalisations la grande icône républicaine.

De fait, sur le plan de la politique intérieure, Trump a largement gouverné selon le modèle d’un président républicain conventionnel. Il a nommé des juges conservateurs, abaissé les impôts, creusé le déficit et réduit les réglementations. Mais en politique extérieure, la rhétorique de Reagan consistait à dénoncer l’Union soviétique et à défendre les intérêts américains dans le monde. Or, celle de Trump est à la fois incohérente et erratique. 

Contrairement à Reagan, Trump s’acoquine avec les dictateurs comme Kim Jong Un et encense les dirigeants autoritaires comme Poutine, Erdogan ou le prince Ben Salmane. De plus, ses batailles commerciales grandissantes et ses dénonciations répétées des alliances traditionnelles américaines créent une incertitude mondiale accrue par ses velléités de repli stratégique américain.

Ronald Reagan

Aussi, un véritable décalage existe dans la perception que les Américains ont de Trump par rapport à Reagan. Pour expliquer ce décalage, Trump affirme que ses adversaires démocrates et conservateurs, motivés par une grande animosité personnelle à son égard, ne reconnaissent pas ses réalisations. Voyons donc ce qui en est réellement en comparant les politiques et approches des deux présidents. 

Avant de devenir politicien en 1966, Reagan poursuivit pendant 30 ans une carrière d’acteur tout en devenant président du syndicat des acteurs. Sans devenir une étoile ni même un acteur majeur du grand écran, Reagan était « un professionnel qui avait passé beaucoup de temps à perfectionner son art ». Cette attitude lui permit de devenir un politicien professionnel.

Pour sa part, Trump fut la grande vedette pendant dix ans de la téléréalité The Apprentice. Toutefois, il n’a été dans tout ce qu’il a fait qu’un amateur qui n’a cherché qu’à promouvoir une image erronée de sa propre personne. Comme promoteur immobilier, il fit faillite sur faillite. Comme acteur, il est toujours resté un artiste fantaisiste. 

N’en déplaise à ses partisans, Trump n’est pas un nouveau Reagan. Il n’arrive même pas à la cheville de ce dernier. Alors que Reagan fut un professionnel de la politique, Trump n’en est qu’un acteur capricieux. Alors que Reagan avait des principes, Trump n’en a aucun. Plus encore, contrairement à Trump, la carrière politique de Reagan n’a jamais reposé sur la quête incessante de promotion personnelle.

Comme acteur, Reagan promouvait le rêve américain. Sa vision de l’Amérique peut aujourd’hui paraître naïve et reposant sur des clichés d’Hollywood. Néanmoins, il défendait les principes de « liberté, de générosité, d’ouverture, d’indépendance et de sens de la justice ». Il aimait jouer au héros triomphant du mal, venant en aide aux personnes dans le besoin et protégeant les faibles.

La carrière d’artiste de Trump repose sur une tout autre réalité. L’Amérique qu’il dépeignait dans la téléréalité représentait une sorte de nid de vipères. Il projette l’image d’un grand dirigeant qui est adoré d’adjoints rivalisant pour obtenir ses faveurs. La marque de commerce de Trump dans sa série résidait dans l’expression abjecte : « Vous êtes congédié ». En somme, la série projette une image dégradante de l’Amérique d’aujourd’hui.

Contrairement à Reagan qui montrait de la compassion pour les gens et les incitait à grandir et à se dépasser par des discours décents, Trump ne s’intéresse qu’à lui-même. Le monde de Trump, comme sa personnalité, est un univers mesquin et impulsif, marqué par des sorties intempestives et des insultes dégradantes envers tout un chacun. 

Aussi, Patti Davis, la fille de Reagan, fut scandalisée de voir Trump se comparer à son père. Dans plusieurs entrevues depuis 2017, la fille de l’ancien président affirma être horrifiée par la gouvernance de Trump. Selon elle, la présidence de Trump met en danger la démocratie américaine par son manque de respect de la constitution.

« Je pense qu’il aurait le cœur brisé parce qu’il aimait beaucoup ce pays et qu’il croyait en ce pays. Je veux dire, c’était dans tous ses discours. Et il croyait en la bonté des gens », a déjà déclaré Mme Davis en ajoutant que son père n’aimerait sûrement pas la direction politique que Donald Trump donne présentement aux États-Unis.

En ce qui concerne le slogan de Trump, « Rendre sa grandeur à l’Amérique », elle affirme que c’était une expression inventée par son père. Or selon elle, Trump donne à cet apophtegme une signification complètement différente de celle définie par son père. Par sa rhétorique débridée en politique étrangère, ses attaques constantes contre les médias et son intransigeance envers l’immigration, avec des politiques xénophobes et racistes, Trump démontre selon elle la petitesse de son esprit. 

En s’assujettissant à Donald Trump, le parti républicain est en train, selon Mme Davis, de détruire les États-Unis. Aussi, elle ne reconnaît plus dans ce parti celui de son père. D’ailleurs, elle a cessé d’en être membre. Les propos de Patti Davis sont corroborés en tous points par son frère aîné et un grand nombre d’importants collaborateurs de l’ancien président. 

Pour ces derniers, le succès de Reagan résida dans sa capacité à concrétiser l’idée de conservatisme aux États-Unis. Or Trump est, selon eux, un grand fossoyeur des idéaux du parti républicain et du mouvement conservateur.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.