Le lendemain de l'intronisation de Donald Trump, quelques millions de femmes ont manifesté.

La cause des femmes recule

Le parlement de Russie, la Douma, vient d'adopter une loi afin de dépénaliser les violences domestiques, un fléau dans ce pays. Les gestes de violence conjugale qui étaient jusqu'à maintenant passibles de deux ans de prison seront dorénavant sanctionnés par une simple amende maximale de 650 $. Il s'agit d'un recul significatif de la situation des femmes au royaume de Vladimir Poutine. Il coïncide malheureusement avec une menace ouverte aux droits des femmes aux États-Unis. Celles-ci devront être extrêmement vigilantes pour ne pas perdre leurs acquis.
La loi russe vient dépénaliser les violences commises dans une même famille, du moment qu'elles n'ont pas entraîné de conséquences graves. Sans connaître la loi en détail, il apparaît que cette pièce législative va entraîner une bonne part d'arbitraire. Un député qui s'est opposé prévoit que le nombre d'homicides va augmenter en flèche. Déjà que les femmes, note-t-il, ne vont pas souvent voir la police pour dénoncer un mari violent.
Pour justifier l'adoption de cette loi rétrograde, les troupes de Poutine ont fait valoir que les tribunaux sont littéralement engorgés par ce genre d'affaires. En 2015, l'agence nationale de statistique a dénombré près de 50 000 cas de violence domestique, dont près de 40 000 envers des femmes.
En 2012, un groupe de musiciennes punk, les Pussy Riot, nous avait déjà donné une bonne idée de la piètre condition des femmes en Russie. Elles avaient été emprisonnées pour avoir chanté une prière anti-Poutine dans une cathédrale de Moscou. Cette fois, le gouvernement russe vient banaliser le fait de s'attaquer l'intégrité des femmes, comme si leur vie valait moins que celle d'un homme. De toute évidence, il s'agit d'une atteinte grave à la situation des femmes en Russie, qui n'était déjà pas rose.
Au même moment à Washington, le nouveau président signait un décret pour couper les vivres aux organisations humanitaires préconisant l'avortement. Les Pays-Bas ont heureusement indiqué leur intention de prendre la relève par la création d'un fonds international. Celui-ci offrirait aux femmes des pays en voie de développement un accès aux moyens de contraception et à l'avortement. Le Devoir rapportait samedi que le Canada entend y contribuer, la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, s'étant entretenue avec son homologue néerlandaise.
Les femmes américaines ont saisi qu'elles étaient dorénavant dans la mire de la nouvelle administration. Bien déterminée à interdire l'avortement aux États-Unis, celle-ci va leur livrer une lutte sans merci, à commencer par la nomination ce jeudi d'un juge ultraconservateur à la Cour suprême. Ce dernier va venir briser l'égalité entre juges dits libéraux et conservateurs. Plusieurs craignent qu'il puisse infirmer la décision qui a conduit à la légalisation de l'avortement en 1973. Par un tweet, Donald Trump a assuré de son « soutien total » les milliers de militants pro-vie qui défilaient dans Washington vendredi dernier.
En fin de semaine, trois juges ont heureusement osé défier le décret présidentiel signé vendredi. Celui-ci interdit l'entrée aux États-Unis de ressortissants de sept pays musulmans. En matière de régulation des naissances, la bataille s'annonce tout aussi épique.
Le lendemain de l'intronisation présidentielle, quelques millions de femmes descendaient dans la rue. Déterminées à défendre le droit chèrement acquis de disposer de leur corps, elles ont aussi bien compris qu'elles seront les premières pénalisées par l'abolition de l'Obamacare. Quand un gouvernement coupe dans les programmes sociaux comme se propose de le faire le nouveau président, les femmes sont toujours les premières à écoper.