Jean Charest était le principal Québécois à être tenté par la chefferie du Parti conservateur du Canada.

La bonne décision de Jean Charest

ÉDITORIAL / Jean Charest a choisi son camp : « Après avoir été longuement sollicité, j’ai beaucoup réfléchi et consulté, et je ne serai pas candidat à la direction du Parti conservateur du Canada. »

Cela laisse le champ libre aux Peter MacKay et Rona Ambrose, les deux candidats favorisés par l’establishment du parti, de bâtir des consensus autour de leur nomination. Et accessoirement, aux autres candidats que sont Erin O’Toole, Pierre Poilievre et autre Marilyn Gladu de tenter de se faufiler jusqu’à la couronne.

Évidemment, tous ces candidats n’ont pas confirmé leurs intentions à ce moment-ci. Rona Ambrose est celle que tout le monde attend, et elle se fait tirer l’oreille. Dans le cas de MM. O’Toole et Poilievre, c’est un secret de Polichinelle qu’ils seront de la course. Ils attendent l’instant propice pour révéler leurs volontés.

Mais Jean Charest était le principal Québécois à être tenté par l’aventure. Il dit y avoir longuement réfléchi pendant la période des Fêtes, car le chef Andrew Scheer a fait état de son intention de laisser la direction du Parti conservateur du Canada (PCC) le 12 décembre dernier. 

Jean Charest n’a peut-être pas été surpris de sa cote de popularité. Dans une entrevue exclusive consentie à Patrice Roy sur les ondes de Radio-Canada, il a précisé avoir renoué avec des fidèles du parti d’il y a plus de 30 ans. Ils l’exhortaient à se présenter. Il faut savoir que M. Charest a été leader du Parti progressiste-conservateur de 1993 à 1998, lorsqu’il a quitté pour aller diriger les libéraux du Québec. Il a été premier ministre de 2003 à 2012. Mais il a estimé que le fossé était trop grand entre les progressistes-conservateurs et le PCC. Et les règles de cette course au leadership ne sont pas propices à un candidat de l’extérieur du parti, a-t-il aussi confié.

Assurément, le Parti progressiste-conservateur n’est pas le Parti conservateur du Canada qu’a fondé Stephen Harper. M. Charest en est bien conscient. Le changement de nom correspond à un virage à droite du parti sur de nombreuses questions, notamment l’environnement, le port d’armes, l’avortement, le mariage gai, etc. Jean Charest a adopté les valeurs libérales au fil de son passage, mais ce n’était pas si difficile que ça. Sur l’environnement et les questions sociales, son Parti progressiste-conservateur était très près du Parti libéral du Québec. 

Après une décennie et demie sous M. Harper et M. Scheer, il est temps que le Parti conservateur revienne un peu plus au centre, un peu plus près de ce qu’il était du temps du Parti progressiste-conservateur. Des forces souterraines, exercées par M. Harper soupçonne-t-on, luttent contre ce virage vers le centre. Il reste à voir jusqu’à quel point ce réalignement de positions cruciales au PCC s’articulera sous un nouveau chef. 

Et puis, il y a toutes les questions sur le financement politique et l’enquête interminable que l’Unité permanente anticorruption a baptisé « Mâchurer ». Le dévoilement d’anciens éléments d’enquête jusque-là dissimulés, la semaine dernière, ne sera pas étranger à la timidité de Jean Charest de reprendre le cours de sa vie politique active. Il attend depuis six ans que l’UPAC dépose des accusations, et elles ne viennent toujours pas. Mais le PCC aurait-il bien vécu avec un chef obscurci par le nuage de l’UPAC ? M. Charest a conclu qu’il n’avait pas besoin de revivre sous cette ombre, bien qu’il persiste à dire qu’il n’a « rien à se reprocher ». 

Depuis qu’il a repris sa carrière d’avocat, il vit mieux qu’avant. 

Pourquoi insister ? Il aura été séduit par l’idée... puis après mûre réflexion, il se sera ravisé. Somme toute, Jean Charest a pris une bonne décision.