Journée internationale de la Terre : une vaste réflexion s'impose

ANALYSE / Soyons bienveillants en ce Jour de la Terre (le 22 avril) et tous les jours. L'espèce humaine est confrontée à sa vulnérabilité devant l'importance du réchauffement climatique que nous créons jour après jour. L'humanité a grandement besoin que chaque personne se mobilise pour les générations naissantes et futures.
La Terre se réchauffe. Les données scientifiques le démontrent. Selon les Nations Unies, la température mondiale a augmenté de 0,74 degré Celsius au cours du 20e siècle. Ceci est dû principalement à l'augmentation de la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2) qui a atteint 407 parties par million en 2016, du jamais vu. Ce gaz est généré principalement par la combustion d'énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz naturel) qui représentent 79 % de l'énergie consommée mondialement. Le CO2 est un gaz à effet de serre (GES) puisqu'il retient une partie de la chaleur émise par le soleil.
Devant cette situation reconnue mondialement, l'accord de Paris de 2015 sur la réduction des émissions des GES a uni 195 pays vers l'objectif de maintenir la hausse des températures à moins de 2 oC par rapport à l'ère préindustrielle. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères en France, déclarait ceci : « Le succès est à portée de toutes nos mains réunies ». Ce succès ne s'obtiendra pas facilement. Il dépend de chacun de nous.
Regardons la situation en 2013 selon les rapports de la Banque mondiale et du ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) du Québec. Les émissions de GES représentent 5 tonnes équivalentes de CO2 pour chaque habitant de la Terre. Une tonne équivalente de CO2 comptabilise les émissions de CO2 et des autres gaz à effet de serre, comme le méthane émis lors de la digestion des bovins. Les émissions moyennes de GES pour chaque Québécois étaient deux fois supérieures et bien que nous utilisons l'hydroélectricité comme principale source d'énergie, nous participons davantage au réchauffement climatique que les habitants de l'Union européenne. Au Québec, le transport routier produit 34 % des émissions de gaz à effet de serre.
Pour l'avenir, limiter la hausse de la température terrestre à moins de 2 oC est essentiel.
En ce qui concerne la faune, plusieurs espèces ne peuvent s'adapter à des changements aussi importants et rapides. Par exemple, les populations d'ours polaires deviennent précaires avec la fonte précoce des glaciers au printemps. Le lièvre arctique constitue plus que jamais une proie facile avec ces printemps hâtifs où il se retrouve tout blanc sur le sol dégarni de neige.
Du côté de la flore et de l'agriculture, on s'attend à la prolifération d'insectes ravageurs par un climat plus chaud et moins de gels extrêmes au Québec. Même les arbres seront touchés. Par exemple, la tordeuse des bourgeons de l'épinette pourrait profiter de périodes d'infestations plus longues.
Pour ce qui est de l'eau, l'élévation du niveau de la mer estimé avec un réchauffement de 2 oC est d'un mètre. Actuellement, 150 millions de personnes vivent à moins d'un mètre au-dessus du niveau de la mer. Ces personnes devront être relocalisées. Aussi, cette élévation du niveau de la mer permettra à l'eau salée de contaminer l'eau douce de certaines nappes phréatiques, sources d'eau potable. De plus, l'augmentation de la concentration en CO2 acidifie les océans, ce qui a des impacts importants sur la vie aquatique. En 100 ans, l'acidité des océans a augmenté de 30 % et les effets sont déjà consternants, par exemple pour les récifs de corail.
Du côté des systèmes météorologiques, des épisodes plus intenses sont déjà observés avec cette chaleur supplémentaire qui augmente l'énergie disponible. Les pluies et les événements météo sont plus intenses, les périodes de sécheresse, plus longues. Ici, le dernier hiver en dents de scie est un exemple des changements attendus.
Nous savons que les activités humaines menacent l'équilibre planétaire et la survie de notre espèce. Des actions s'imposent. D'une part, nous devons réduire nos émissions de gaz à effet de serre générées lors de nos transports : conscientiser les personnes de notre entourage qui laissent encore tourner leur moteur lorsqu'ils sont arrêtés, choisir un véhicule qui consomme moins d'essence, appliquer l'écoconduite, optimiser nos déplacements, utiliser le transport en commun. D'autre part, nous pouvons favoriser l'énergie solaire et éolienne, composter nos résidus (les résidus compostés génèrent moins de GES que s'ils sont jetés), réduire notre consommation de viande (la production de légumineuses génère moins de GES que la production de viande), privilégier l'achat de biens durables (la production des biens demande de l'énergie souvent fournie par du charbon comme c'est le cas en Chine et génère des GES), etc.
Le plus important : redécouvrons notre lien avec la Terre et la beauté de la nature pour reprendre conscience de sa valeur inestimable et plaisir à la protéger.
Lucie Laramée est une spécialiste en environnement