Jouets dangereux

Éditorial / La récente sortie du Service de police de Sherbrooke (SPS) au sujet de la popularité croissante des armes à air comprimé et des dangers que peuvent représenter ces pistolets et carabines à plomb ou à billes de plastique doit amener une réflexion collective sur ce phénomène.
Le porte-parole du SPS, Samuel Ducharme, a souligné jeudi à notre collègue journaliste Claude Plante que son service reçoit depuis quelques années un nombre grandissant d'appels de citoyens qui disent avoir été atteints par un projectile provenant de ce type d'arme.
D'autres signalent avoir aperçu le propriétaire d'un pistolet ou d'une carabine à air comprimé sur le trottoir en croyant qu'il s'agissait d'une véritable arme.
En outre, les policiers qui répondent à un appel d'urgence peuvent parfois difficilement savoir s'ils ont affaire à une personne avec une vraie arme à feu ou non.
Ce n'est pas d'hier que les autorités se préoccupent de la popularité des armes à air comprimé offertes dans les magasins à grande surface comme Canadian Tire et Walmart, particulièrement chez les jeunes.
Ces armes sont en principe vendues uniquement aux 18 ans et plus, mais elles sont également offertes en ligne et des parents en achètent pour leurs jeunes en croyant qu'elles sont inoffensives.
Le Conseil canadien de la sécurité rapporte que ces produits, souvent considérés à tort comme inoffensifs, sont l'une des principales causes des blessures oculaires et même de pertes d'oeil chez les enfants et les jeunes adultes.
La Société canadienne de pédiatrie juge elle aussi que ce type d'arme-jouet est dangereux.
Le Conseil canadien de la sécurité, qui n'a pas de statistiques sur le nombre et la gravité des blessures causées par ces armes, pas plus que le CIUSSS de l'Estrie-CHUS, demande que les armes à plomb, à air comprimé et même les répliques d'armes à feu soient soumises à la Loi fédérale sur les armes à feu.
Le site de la Gendarmerie royale du Canada indique que les armes à air comprimé tirant des projectiles à une vitesse maximale de 152,4 mètres par secondes (ou 500 pieds), ce qui est le cas de bon nombre d'armes à billes ou à plomb vendues dans les grandes surfaces, ne nécessitent pas de permis ou de certificat d'enregistrement.
Elles sont toutefois considérées comme des armes à feu en vertu du Code criminel si elles sont utilisées pour perpétrer un crime.
Les projectiles d'un pistolet Crosman «Airsoft» peuvent atteindre une vitesse de 275 pieds à la seconde, tandis que ceux d'une carabine à ressort «Softair» peuvent atteindre 312 pieds par seconde, ce qui, selon le Conseil canadien de la sécurité, est bien suffisant pour causer des blessures.
Il est évidemment recommandé de porter de l'équipement de protection, comme des lunettes.
De plus, les carabines et pistolets à air comprimé sont interdits dans les endroits publics, comme les parcs.
Mais, visiblement, ces règles ne sont pas toujours suivies.
Il faut bien sûr faire la différence entre une utilisation dangereuse ou insouciante de ces armes et des activités de loisir comme des simulations de combats dans des endroits conçus pour cela.
De plus, nombre de parents vont bien encadrer leurs enfants et leur montrer à utiliser ces armes de façon responsable.
Le Canada est certes bien différent des États-Unis où le port d'armes véritables est autorisé dans plusieurs États.
Mais il est un peu sidérant de constater que la culture des armes semble atteindre les jeunes par la vente et la promotion de pistolets ou de carabines à air comprimé qui ressemblent parfois à s'y méprendre à de véritables armes.
N'y a-t-il pas là une forme de banalisation des armes et, à la limite, de la violence?