Jouer avec le feu

ÉDITORIAL / En annonçant hier son intention de déménager l’ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à Jérusalem et de reconnaître la ville «trois fois sainte» comme la capitale d’Israël, le président Donald Trump rompt avec la position traditionnelle de son pays, en plus de bafouer plusieurs résolutions de l’ONU sur cette question.

Mais surtout, il joue carrément avec le feu.

Le président américain a pris cette décision malgré les mises en garde de ses propres conseillers à la sécurité et les avertissements de la part des pays arabes au sujet de très probables réactions de violence.

M. Trump veut-il vraiment la paix au Moyen-Orient ou pose-t-il un geste bassement opportuniste pour plaire aux Juifs américains et à la droite religieuse des États-Unis, sans en mesurer les conséquences dans le monde arabe et particulièrement chez les Palestiniens des territoires occupés?

Depuis mardi, les manifestations se sont multipliées en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, tandis que le Hamas, le mouvement de résistance islamique, a averti que M. Trump ouvre « les portes de l’enfer ».

Le Hamas a aussi  appelé à un « jour de colère » après la prière de vendredi, en souhaitant que cela ne soit pas le prélude à une troisième Intifada.

En plus de marquer une rupture avec la communauté internationale, qui n’a jamais reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël, ni l’annexion de sa partie Est lors de la guerre des Six Jours de 1967, cette initiative disqualifie les États-Unis dans leur rôle de médiateur pour les négociations de paix israélo-palestienne.

Les responsables américains font valoir qu’il ne s’agit pas d’une décision politique ou d’une prise de position contre un futur État palestinien, mais plutôt de la reconnaissance d’un état de fait puisque la plupart des ministères israéliens, de même que le Parlement, se trouvent dans la ville sainte.

La question va bien au-delà d’un enjeu politique ou stratégique : elle touche au coeur même du monde musulman puisque Jérusalem, où se trouvent les lieux les plus sacrés des religions juive et chrétienne, abrite aussi le troisième lieu sacré de l’islam, la mosquée Al Aqsa.

Le symbole est donc très fort.

Il s’agit là d’une façon irresponsable et dangereuse de banaliser une situation éminemment explosive alors que le statut de Jérusalem est la source d’un conflit permanent entre Israël et les Palestiniens.

Et, comble d’ironie, alors que cette annonce risque de donner des munitions aux groupes extrémistes et d’engendrer un déferlement de violence, M. Trump a demandé hier aux leaders palestiniens et du monde musulman de se joindre aux États-Unis dans la quête d’une « paix durable » au Moyen-Orient.

Il s’agit plutôt d’une provocation qui lui mettra le monde arabe à dos.

Décidément, la politique internationale de ce président est très difficile à suivre.

L’ONU et le Conseil de sécurité ont adopté plusieurs résolutions au cours des dernières décennies déclarant nulles les mesures prises par Israël pour modifier le statut de Jérusalem et en faire sa capitale.

En agissant ainsi, Donald Trump respecte une de ses promesses électorales, mais, pour les Palestiniens et les pays arabes, le statut de Jérusalem est non négociable puisqu’ils y voient la capitale d’un futur État palestinien.

Plutôt que d’encourager les deux parties à poursuivre les négociations sur cet enjeu extrêmement délicat et à en arriver à une solution acceptable, l’administration Trump vient peut-être d’anéantir les chances d’une solution à deux États, l’un juif et l’autre arabe, seule issue pour une véritable paix dans cette région, et de mettre le feu aux poudres.