La dépouille du sénateur John McCain a été inhumée dimanche à l’Académie navale d’Annapolis dans le Maryland, au terme d’une semaine d’hommage national au vétéran de la politique américaine.

John McCain et la réaffirmation des valeurs américaines

ANALYSE / Dans sa vie, au cours de sa carrière et même dans sa mort, John McCain s’est positionné comme un modèle unique d’engagement inconditionnel à servir sa patrie. En ce sens, sa trajectoire politique unique contraste vivement avec celle de Donald Trump. Sur tous les points, il présente une antithèse en termes de caractère personnel, d’intégrité morale et de comportement politique au présent occupant de la Maison-Blanche.

D’entrée de jeu, l’antipathie entre Trump et McCain apparut évidente. McCain a répondu par un silence glacial aux propos insultants de Trump qui, en juillet 2015, déclarait qu’il n’était pas un héros, parce qu’il s’était laissé capturer lors la guerre du Vietnam, guerre durant laquelle Trump eut recours à une mineure déformation aux pieds pour se faire exclure du service militaire.

Or, l’antipathie entre les deux hommes a perduré au-delà même de la mort de McCain. Trump a pris deux jours pour faire un éloge très succinct et mitigé du sénateur de l’Arizona, pourtant membre de son propre parti. De même, il accepta, uniquement après de fortes pressions publiques de l’association des vétérans américains, de mettre en berne le drapeau américain sur la Maison-Blanche.

Cette incapacité à montrer un peu de compassion témoigne de la petitesse de Trump, comme président et comme homme. Tout simplement, il est incapable de passer outre à des différends politiques, parce qu’il ne ressent pas d’empathie vis-à-vis ses amis comme ses ennemis politiques. Plus encore, cette incapacité à mettre de côté son hostilité personnelle confirme une fois de plus son manque de leadership moral. 

En annonçant qu’il ne désirait pas voir le président Trump assister à ses funérailles, McCain soulignait l’importance qu’il accordait aux principes guidant la moralité publique et le comportement politique. Plus encore, il affirmait sa volonté de se démarquer de l’influence perturbatrice que Trump exerce depuis trois ans sur la vie politique américaine.

Cette décision est d’autant plus humiliante pour Trump que McCain demanda en même temps aux anciens présidents George W. Bush et Barack Obama de faire une eulogie à ses funérailles. Et de fait, les éloges et les hommages que ces derniers ont rendus sur l’absence de préjugés, le courage, le sens de l’honneur et la décence de McCain, représentent un contraste saisissant par rapport aux scandales qui entachent personnellement Trump dans la foulée de l’affaire Cohen. 

Par son héroïsme sur les champs de bataille, son code d’honneur, son sens du devoir, son pragmatisme unificateur, sa décence et sa civilité, McCain fournit aux Américains un puissant exemple historique de patriotisme. Face au vide moral secouant présentement l’Amérique, ces derniers ont plus que jamais besoin d’exemples similaires.

McCain n’était pas modéré comme politicien. Il fut pendant toute sa carrière un républicain conservateur. Il a voté à 81 % pour les mesures conservatrices, alors que d’autres républicains scoraient 35 % durant la même période. Néanmoins, McCain respectait ses opposants démocrates. Ouvert au compromis, il considérait que c’était la seule façon pour les États-Unis de résoudre leurs problèmes et de progresser comme société.

Depuis 40 ans, McCain prit le leadership de grandes campagnes législatives visant à l’adoption de lois bipartites sur l’immigration, le financement électoral et l’interdiction de la torture, même pour les personnes soupçonnées de terrorisme. Tout en démontrant une forte aversion pour les dirigeants autoritaires comme Vladimir Poutine, il soutint fermement l’OTAN, le principe du libre-échange et les droits humains.

Le message de McCain est clair, direct et cohérent. Avec lui, pas de mensonges, de faux-fuyants ou de « fausses nouvelles ». Que ce soit au plan intérieur ou au niveau international, la politique n’était pas uniquement pour lui une question de pouvoir. C’en était aussi une de moralité.

Par conséquent, McCain était incapable d’accepter la grossièreté et la tragicomédie marquant le comportement du président Trump. Pour McCain, les attaques du président sur la liberté de la presse et les institutions américaines, sapent les fondements mêmes de la démocratie américaine.

Disciple de Ronald Reagan et ardent défenseur de la moralité conservatrice et des institutions traditionnelles, McCain en est rapidement venu à considérer Trump, non comme un conservateur, mais comme un réactionnaire. Aussi, plus que tous au parti républicain, McCain s’est démarqué depuis 19 mois comme un défenseur des valeurs politiques américaines et comme un grand adversaire de l’idéologie « xénophobe » prônée par Trump.

Aussi, en octobre 2017, McCain rejeta fortement le nationalisme fallacieux de Trump. Plus encore, dans son dernier livre, The Restless Wave, de mai 2018, McCain déplore l’incapacité de l’administration Trump à condamner les crimes des régimes despotiques. Pour lui, les États-Unis ont tout simplement abandonné avec Trump le leadership moral dans le monde. Dans son dernier message politique avant de mourir, il réaffirme :

« Nous affaiblissons notre grandeur lorsque nous confondons notre patriotisme avec des rivalités tribales qui ont semé le ressentiment, la haine et la violence dans tous les coins du monde… Nous l’affaiblissons lorsque nous nous cachons derrière des murs, plutôt que de les démolir, lorsque nous doutons du pouvoir de nos idéaux, plutôt que de leur faire confiance pour être la force de changement qu’ils ont toujours été. »

En ce sens, McCain réaffirmait avec force sa perception que les politiques et le comportement de Donald Trump ne représentaient pas des valeurs américaines fondamentales. En somme, pour lui, Trump n’est qu’une simple anomalie historique, qu’une diversion temporaire dans le leadership traditionnel américain.

Gilles Vandal est professeur émérite à l’École de politique appliquée de l’Université de Sherbrooke.